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« Une réponse anachronique » : 4 000 manifestants contre les « méga-bassines »... |
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Des manifestants investissent le projet de construction de la réserve d’eau de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) ce samedi. © PHOTOPQR/LA NOUVELLE REPUBLIQUE/MAXPPP
Environ 4 000 personnes ont protesté contre la construction controversée d’une réserve d’eau, ce samedi 29 octobre 2022, à Sainte-Soline (Deux-Sèvres). 1 500 gendarmes étaient mobilisés. Des heurts ont éclaté.
Des centaines de manifestants ont investi le chantier d’une réserve d’eau destinée à l’irrigation agricole ce samedi, à Sainte-Soline (Deux-Sèvres). Une « méga-bassine » selon les opposants, rassemblés malgré l’interdiction de la préfecture. Des gaz lacrymogènes ont été lancés, auxquels ont répondu des tirs de mortiers et des jets de projectiles. Un bilan fait état d’au moins deux manifestants blessés et de six interpellations. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a chiffré « 61 gendarmes blessés » sur son compte Twitter et condamné la protestation.
Quelque 4 000 personnes (militants masqués, familles, retraités…) s’étaient réparties en trois cortèges, en début d’après-midi, pour contourner le dispositif de 1 500 gendarmes destiné à protéger l’installation. Les organisateurs affichaient pour objectif de « reboucher le début du trou et empêcher la reprise des travaux ».
Accès conditionné
Cette réserve fait partie d’un projet de seize bassines, dans le marais poitevin, porté par 400 agriculteurs réunis dans la Coop de l’eau. Le collectif assure que l’accès à cette eau sera conditionné à des pratiques agroécologiques. Mais cette ressource, qui se raréfie avec le réchauffement climatique, cristallise les tensions. En mars, près de 6 000 anti-bassines s’étaient rassemblées contre la première construction, à l’est du département.
« Ce combat à Sainte-Soline, contre les réserves de substitution, est symbolique de ceux conduits dans toute la France. Il faut le gagner », a martelé la députée écologiste de la Vienne Lisa Belluco, relate Le Courrier de l’Ouest . « Ce ne sont pas les exploitants que nous visons, mais le système auquel ils sont inféodés », a renchéri Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, assurant un campement à proximité.
Les opposants visent un type de réserves en particulier : les bassines creusées dans le sol, recouvert d’une bâche en plastique, qui sont remplies grâce au pompage de l’eau des nappes phréatiques superficielles pendant l’hiver. Ces constructions peuvent stocker jusqu’à 650 000 m³ d’eau relâchée l’été, notamment pour irriguer des cultures frappées par les vagues de sécheresse.
« Réponse anachronique »
Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a affirmé sur France inter que le « projet n’a pas de conséquences négatives pour les nappes », mais peine à convaincre. « Il faut sortir de cette agriculture qui accapare l’eau pour quelques cultivateurs de maïs », a insisté Yannick Jadot sur Twitter. L’eurodéputé, qui comptait parmi les figures politiques présentes dans les Deux-Sèvres, aux côtés de Sandrine Rousseau ou Philippe Poutou, plaide pour une « ressource en eau partagée justement entre tous les usages ».
Ces bassines divisent aussi le monde agricole. Pour la Confédération paysanne, elles sont « une réponse anachronique » qui « ne s’attaque pas à la cause principale : des sols qui ont perdu leur capacité d’infiltration, de stockage et de mobilisation de l’eau », a déclaré le syndicat ce samedi. Il appelle à un changement de modèle agricole.