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Agriculture. Pourquoi les bassines de réserves d’eau sont contestées dans le marais poitevin... |
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Les bassines ou retenues de substitution stockent de l’eau prélevée dans les nappes en hiver pour irriguer l’été sans puiser dans les rivières. © ARCHIVES
Ce mercredi 22 septembre, à Niort (Deux-Sèvres), en marge du congrès de la FNSEA, le collectif « Bassines non merci » a manifesté contre le projet de 16 réserves d’eau porté par 500 agriculteurs irrigants.
Mercredi 22 septembre, à Niort (Deux-Sèvres), à l’appel du collectif citoyen « Bassines non merci », 700 personnes ont manifesté leur opposition au projet de construction, dans le marais poitevin, de seize ouvrages de stockage de l’eau, appelés bassines. Les manifestants ont aussi occupé pendant une heure le chantier d’une bassine à Mauzé-sur-le-Mignon. Une manifestation en marge du congrès de la FNSEA. Tout sauf un hasard : le puissant syndicat agricole milite pour la création de réserves d’eau afin de sécuriser des cultures mises à mal par la répétition des sécheresses.
Une bassine, qu’est-ce que c’est et à quoi ça sert ?
Une bassine ou réserve de substitution est une sorte de lac artificiel surélevé. C’est un ouvrage de stockage de l’eau de grande dimension (plusieurs hectares, des centaines de milliers de m³). La bassine est remplie l’hiver, par pompage dans la nappe phréatique, en période de pluviométrie abondante. L’eau pluviale hivernale excédentaire est utilisée l’été en période de déficit hydrique, pour irriguer les cultures, en substitution des volumes habituellement puisés dans les cours d’eau.

Les opposants aux bassines leur reprochent de favoriser l’irrigation du maïs et la poursuite de pratiques agricoles nuisant à la qualité de l’eau. Ouest-France
Quel est le projet des agriculteurs irrigants du marais poitevin ?
Constituée de 220 exploitations irrigantes (500 agriculteurs), la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres a signé avec l’État, en décembre 2018, un protocole d’accord portant sur la création de seize réserves, d’une capacité totale de 6,8 millions de m³, sur le bassin-versant de la Sèvre Niortaise, dans le marais poitevin.
En contrepartie, les agriculteurs s’engagent dans des pratiques plus vertueuses (plantation de haies, cultures pièges à nitrates, réduction des quantités de pesticides et d’engrais chimiques, assolement diversifié…) pour la qualité de l’eau et la biodiversité.
Pourquoi le collectif s’oppose-t-il aux bassines ?
Soutenu par la Confédération paysanne et par des eurodéputés écologistes, dont le Charentais Benoît Biteau, le collectif Bassines non merci dénonce le surdimensionnement des méga-bassines en infraction avec la directive européenne sur l’eau »
. Selon lui, le volume d’eau prélevé dépasserait très largement les ressources disponibles pour garantir les besoins en eau potable et le bon état écologique du milieu. D’où plusieurs recours auprès du tribunal administratif de Poitiers qui a retoqué, le vendredi 28 mai 2021, neuf bassines (leur capacité de stockage devra être réduite).
Les pelleteuses ont commencé à creuser la première des sept réserves autorisées, le 6 septembre, à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres). Autres critiques : les bassines favorisent le maïs, gros consommateur d’eau et l’agriculture intensive
. Elles privatisent le bien commun de la ressource en eau au profit d’une minorité d’agriculteurs en utilisant l’argent public
(40 millions d’euros de subventions). Les contreparties environnementales sont jugées insuffisantes
.
Que répondent les agriculteurs défenseurs du projet ?
Ils estiment que les bassines garantissent une gestion équilibrée de la ressource en eau. Elles doivent être multi-usages : elles peuvent être mobilisées pour sécuriser l’adduction en eau potable et soutenir le débit des cours d’eau »
, déclare Philippe Jougla. En charge du dossier eau à la FNSEA. Leur mise en service s’accompagne de l’objectif d’une réduction de 70 % des volumes d’eau prélevés par pompage en été
, assure la Coop de l’eau 79. Les surfaces en maïs ont reculé de moitié en quinze ans au profit d’une diversification des cultures (tournesol, orge de brasserie, protéagineux…).
Les contreparties environnementales sont exigeantes, affirme Luc Servant : les agriculteurs s’engagent à respecter un plan d’action avec des objectifs chiffrés et contrôlés par l’administration sur la base d’un diagnostic de leur exploitation.
, Le président de la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine souligne aussi que les bassines sécurisent des filières à haute valeur ajoutée (semences, légumes industriels, élevage, protéines végétales non-OGM…) et porteuses d’emplois.