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Viols filmés, actes de torture… Ce que l’on sait de l’enquête dans le milieu libertin en Gironde... |
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Le tribunal judiciaire de Bordeaux. (Photo d’illustration). © Only France via AFP
Entre 2011 et 2024, un homme est soupçonné d’avoir commis des viols collectifs sur ses compagnes et ex-compagnes. Ces sévices auraient été filmés et diffusés en ligne. Appartenant au milieu libertin, quatre hommes sont mis en examen pour viols avec actes de torture et de barbarie, dans la région de Bordeaux. Des vidéos semblent impliquer d’autres hommes et l’affaire pourrait prendre une autre ampleur.
Humiliations, viols, rapports imposés et non protégés… Les violences décrites par plusieurs plaignantes, que Le Monde et Le Parisien ont révélées vendredi 10 avril, auraient été commises dans le milieu libertin bordelais.
Quatre hommes âgés de 40 à 57 ans, tous domiciliés en Gironde, ont été mis en examen et placés en détention provisoire dans une enquête ouverte il y a deux ans pour « viols avec actes de torture et de barbarie », et récemment transmise au pôle criminel du parquet de Bordeaux. Les faits s’étalent sur une période de 2011 à 2024, a-t-on appris ce samedi 12 avril.
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Des dizaines de vidéos retrouvées
Le principal suspect est l’ex-conjoint de plusieurs plaignantes. Un quinquagénaire travaillant dans la maintenance, et qui « ne conteste pas les pratiques énoncées », selon son avocat. « Ce qu’il conteste, c’est l’intentionnalité, le fait que ça puisse constituer des faits de viol, a déclaré Me Julien Plouton à l’AFP vendredi. Il se voit comme quelqu’un qui était dans la pratique du plaisir libertin, même si ce sont manifestement des pratiques extrêmes. » Dans l’esprit de cet homme qui organisait des soirées, « ces femmes étaient consentantes » .
La première plaignante, qui est allée voir les gendarmes à l’issue d’une relation de plusieurs mois décrite comme toxique par Le Parisien, voit les choses différemment. La victime présumée dit avoir enduré, lors de soirées présentées par son ex-compagnon comme « échangistes », des rapports sexuels non protégés avec plusieurs hommes, pendant toute la nuit, écrit Le Monde. Lorsqu’elle fait part de ses réticences, son compagnon s’agace, et peut, selon elle, se montrer violent ou culpabilisant. Sous « emprise »,  elle prend la décision de le quitter, puis tombe en dépression, allant même jusqu’à tenter de mettre fin à ses jours.
Le parquet considère l’absence de consentement caractérisée
Les témoignages d’autres femmes – cinq sont recensées selon le parquet – font écho au sien. Certaines ont parlé d’insultes inscrites au marqueur sur leur corps, et d’un recours à des objets ou des animaux. Des dizaines de vidéos sur disques durs ont été retrouvées au domicile du principal mis en cause. Nombre d’entre elles ont été diffusées en direct sur un réseau social libertin. L’exploitation des images a permis « de considérer que l’absence de consentement des femmes était caractérisée », a souligné ce samedi le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul.
Les investigations ont par ailleurs permis « d’identifier plusieurs autres participants aux faits », selon le parquet, et de localiser le lieu de tournage de certaines vidéos : au domicile du principal mis en cause, dans des clubs libertins girondins ou sur la voie publique à Bordeaux, dans l’Hérault et dans le Gard.
Une autre affaire d’ampleur après le procès des viols de Mazan ?
L’affaire peut-elle prendre une autre ampleur, après le procès dans l’affaire Pelicot ? Celui-ci s’était conclu par la condamnation d’une cinquantaine d’hommes, la plupart pour des viols aggravés (sur les dix-sept accusés qui avaient fait appel, sept ont maintenu leur demande).
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« Je ne pense pas qu’on puisse se contenter de rester sur une enquête qui se focalise sur mon client et les personnes mises en examen à ses côtés » , estime Me Plouton. « On a déjà des éléments qui ouvrent la voie à des cercles plus larges » , indique-t-il à l’AFP, sans pouvoir confirmer « en l’état » une éventuelle soumission chimique des victimes.
« Si l’un de ces hommes a fini par admettre qu’il avait conscience de l’absence de consentement de sa partenaire, précise de son côté le procureur à l’AFP, les autres affirment le contraire. » Tous encourent la réclusion criminelle à perpétuité.