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Si les macaques sont démotivés, ce n’est pas par flemme... |
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L’étude a été menée sur des macaques par des biologistes japonais. © Archive Thierry Creux / Ouest-France
En menant des expériences avec des singes, des chercheurs japonais ont réussi à désactiver des connexions cérébrales qui tuent l’envie d’agir et poussent à procrastiner. Un espoir pour l’humain.
Être en proie à un coup de mou et remettre un effort à plus tard ne sont pas l’apanage des humains. En cas d’aversion
à réaliser une tâche, les macaques peuvent aussi se laisser démotiver et procrastiner, selon une étude menée par une équipe de biologistes japonais. Dans leurs conclusions, publiées le 2 février dans la revue scientifique Current Biology, les chercheurs disent avoir découvert un des mécanismes cérébraux qui peuvent désamorcer l’envie d’agir.
Comme l’homme, le macaque s’avère sensible à toutes sortes de freins à la motivation
, relate Ken-Ichi Amemori, chercheur à l’Institut de biologie humaine à l’Université de Kyoto et auteur de l’étude. Ces freins peuvent consister en un stress, une peur, la perspective d’une débauche d’énergie démesurée par rapport à la tâche à accomplir… ou une aversion, un dégoût. Nous connaissons tous ces moments où nous savons que nous devons agir, mais quelque chose nous empêche de le faire
, résume le scientifique sur le site d’information Japan Forward.
Pour observer ce qui se joue alors dans le cerveau, les macaques ont été mis à l’épreuve. Devant eux : deux boutons. Le premier leur garantissant une récompense (de l’eau) ; le second leur offrant la même récompense mais accompagnée d’un petit jet d’air désagréable. Sans surprise, les singes ont boudé le rebutant second bouton… Leur cogitation faisant, dans tous les cas, apparaître une communication entre deux zones de leur cerveau, le striatum ventral et le pallidum ventral. Deux secteurs impliqués dans le traitement des récompenses et la modulation de la motivation.
Par une technique chimio-génétique, consistant à modifier génétiquement les neurones du striatum ventral, les biologistes sont parvenus à inhiber le stratium ventral. Dès lors, les singes ont montré le même enthousiasme à actionner les deux boutons. Fini l’inaction ou la procrastination : les freins à leur motivation avaient disparu.
Cette découverte, extrapole déjà Ken-Ichi Amemori, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour l’être humain. Tout reste à faire… Mais le dérèglement du stratium ventral est souvent associé à la dépression sévère ou au burn-out, qui se traduit par un surmenage prolongé, suivi d’une chute brutale de la motivation.