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Le procès pour double infanticide d’une mère en dépression post-partum s’ouvre ce mercredi à Bordeaux... |
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Une femme de 37 ans est jugée par la cour d’assises de Gironde, à Bordeaux, à partir de ce mercredi 12 novembre 2025, accusée d’avoir étouffé ses jumelles de trois mois avec leur doudou. Photo d’illustration. © Archives Ouest-France
La cour d’assises de Gironde va juger une femme de 37 ans, accusée d’avoir étouffé ses jumelles de 3 mois avec leur doudou. L’accusée, qui a reconnu les gestes, conteste avoir eu l’intention de les tuer. Pour son avocat, la mère, qui souffrait de dépression post-partum, « n’a pas eu conscience de ce qu’elle a fait ».
Une femme de 37 ans est jugée par la cour d’assises de Gironde, à Bordeaux, à partir de ce mercredi 12 novembre 2025, accusée d’avoir étouffé ses jumelles de 3 mois avec leur doudou. Elle avait rapidement reconnu les gestes, mais conteste avoir eu l’intention de tuer les petites Ambre et Emma.
Les faits se sont déroulés le 19 décembre 2022, à Lamarque. Vers midi, la trentenaire met ses deux filles à la sieste. Près de quatre heures plus tard, elle découvre que ses jumelles ne respirent plus, relate l’Agence France-Presse (AFP). Au téléphone, elle répète aux pompiers : « C’est ma faute, c’est ma faute », « Vous savez, je mets le doudou sur la tête, alors c’est ma faute. »
Averti de la situation, le père des deux enfants demande à deux voisins de se rendre sur place. Ces derniers découvrent les deux bébés dans leur chambre, puis pratiquent des massages cardiaques jusqu’à l’arrivée des secours. Ambre est déclarée morte sur place, Emma décède quelques heures plus tard au CHU de Bordeaux. Dans leur récit, les deux voisins ont décrit la mère comme calme et détachée, face au drame.
Les rapports d’autopsie concluent à une asphyxie par suffocation ne résultant pas du seul doudou posé sur leur visage mais de l’action combinée de celui-ci avec l’occlusion totale des orifices, nez et bouche, par l’appui d’une main.
La mère souffrait de dépression post-partum
Un peu plus de deux semaines auparavant, la trentenaire était sortie de l’unité psychiatrique spécialisée mère-enfant au centre hospitalier Charles-Perrens de Bordeaux, où elle avait été internée durant deux mois à la suite d’une dépression du post-partum. Elle était toujours sous traitement médicamenteux et suivie en hôpital de jour.
Les enquêteurs mettent en lumière que les jours précédant le drame, elle s’est renseignée sur internet sur comment « placer mon enfant », « faire adopter mon enfant » ou encore sur la mort subite du nourrisson.
En épluchant son téléphone, ils découvrent aussi un SMS envoyé à son mari le 3 octobre dans lequel elle écrit : « Franchement il me faut de l’aide […], sinon je vais finir par faire une connerie ou les mettre à l’adoption. »
Au cours des auditions, la trentenaire confie s’être sentie « nulle et mauvaise mère » depuis la naissance de ses jumelles le 26 août, et avoir eu des idées suicidaires. Sur la journée du 19 décembre, elle raconte avoir placé le doudou « sur tout le visage » car « cela a pour effet de les apaiser ». Elle reconnaîtra par la suite avoir tenu le doudou sur le visage de ses filles, une minute chacune environ, en appuyant, mais conteste avoir voulu les tuer. Le 23 décembre, elle est mise en examen pour homicide volontaire sur ses jumelles. Elle est depuis incarcérée à la prison de Gradignan.
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La dépression post-partum touche 10 à 20 % des femmes et « peut avoir des conséquences à court, moyen et long terme pour la mère et l’enfant. Elle reste largement sous-diagnostiquée », selon Santé publique France.
Pour l’avocat de l’accusée, il y a eu une abolition du discernement
Pour son avocat, Me Stéphane Guitard, la dépression du post-partum dont souffrait sa cliente au moment du drame sera « l’axe principal » du procès. « Ce n’est pas un baby-blues, c’est une véritable dépression. Et c’est un vrai sujet de société, encore trop peu connu », affirme-t-il à l’AFP, disant espérer que les experts psychiatres reconnaîtront l’abolition du discernement de la mère au moment des faits, car elle « n’a pas conscience de ce qu’elle a fait ».
Le père des jumelles, a d’abord soutenu que sa femme « n’avait rien à voir dans cette histoire ». « C’est normal, quand on est confronté à un tel séisme, d’essayer de se raccrocher à d’autres éventualités », indique à l’AFP son avocat, Me Charles Dufranc.
Depuis, il a demandé le divorce et s’est constitué partie civile, « mais aujourd’hui c’est surtout un homme brisé, dont le monde s’est totalement effondré. Il ne souhaite pas qu’elle soit acquittée, mais ne veut pas non plus qu’elle prenne une peine de perpétuité », affirme l’avocat, soulignant le « lien absolument insécable entre le crime et la maladie ».