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Drame du car scolaire de Rochefort : six ans après, le procès s’ouvre dans la douleur... |
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Le 11 février 2016, un camion benne de la société Eiffage percutait un bus scolaire à Rochefort (Charente-Maritime). Six adolescents y ont perdu la vie, neuf autres passagers et le chauffeur ont été blessés. © REUTERS/Regis Duvignau
À partir de ce lundi 28 mars 2022 et durant trois jours, le tribunal correctionnel de La Rochelle (Charente-Maritime) va juger le conducteur du camion benne dont la ridelle abaissée avait cisaillé un bus scolaire au petit matin, le 11 février 2016, à Rochefort. Six adolescents y ont perdu la vie, neuf autres passagers et le chauffeur ont été blessés.
Faute de pouvoir pousser les murs de la salle d’audience habituelle, le tribunal correctionnel de La Rochelle (Charente-Maritime) a opté pour l’aménagement d’une salle d’audience extraordinaire pour la tenue du procès. Avec 42 parties civiles constituées devant les juges d’instruction, 42 journalistes accréditées et une dizaine d’avocats qui défileront à la barre, le procès dit du « bus de Rochefort » va mobiliser du monde. Une seconde salle d’audience sera également ouverte afin d’assurer la retransmission des débats. Une cellule psychologique sera même déployée sur place durant toute la durée de procès.
Il y a six ans, ce fait divers avait secoué toute la région de Rochefort (Charente-Maritime), laissant des plaies toujours béantes. « Tous les ans, il y a un arbre planté et une commémoration », indique maître Charles-Emmanuel Andrault qui défend plusieurs parties civiles.
« Un désastre humain »
Le prévenu, un homme de 30 ans, placé sous contrôle judiciaire depuis le 13 février 2016, sera jugé pour homicides involontaires et blessures involontaires avec incapacité n’excédant pas trois mois. Il encourt cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. « Il est ravagé par cet épouvantable désastre humain », rapporte l’un de ses deux avocats, le pénaliste palois maître Thierry Sagardoytho.
Ce matin du 11 février 2016, il est 7 h 10 lorsque le camion benne de la société Eiffage percute le bus scolaire qui assurait la liaison entre Saint-Pierre-d’Oléron et Surgères. Six adolescents âgés de 15 à 18 ans sont tués, cisaillés par la ridelle de 450 kg anormalement baissée à 90 °C.
Une région entière est alors marquée par cet accident. « La responsabilité du chauffeur est incontestable, avance l’avocat saintais, maître Régis Sainte-Marie Pricot qui défend trois parties civiles. Avant de prendre la route, il aurait dû faire le tour de son camion pour s’assurer que tout était en ordre. Visiblement il ne l’a pas fait. Il a pris le risque d’effectuer le trajet depuis le dépôt jusqu’au chantier avec la ridelle ouverte. »
Un seul accusé
C’est donc seul que le conducteur du camion benne se présentera face aux juges. La société Eiffage Route Sud-Ouest qui l’avait embauché en 2013 a bénéficié d’un non-lieu le 22 février dernier. « Ce non-lieu n’est pas compris par mes clients. Ils auraient aimé qu’Eiffage s’explique pour connaître les responsabilités qui lui incombent en termes de dépôt mal éclairé ou de l’absence de caméra. Il y avait bien une caméra sur le site, mais elle était fictive. Je pense qu’Eiffage a les moyens de se payer une vraie caméra qui aurait pu permettre de voir que la ridelle était ouverte. », s’insurge maître Régis Sainte-Marie Pricot.
Pour l’avocat de la défense, « c’est la loi » et le prévenu devra faire face, seul, à l’immense détresse des familles. « Il va essayer de se défausser sur Eiffage », présume l’un des avocats des parties civiles.
De vives douleurs
« On résonne tous en qualité de parents dans ce procès. L’émotion va être forte. On se dit tous que ce chauffeur n’a pas voulu ça, mais il a commis une erreur », explique maître Sainte-Marie Pricot.
À la douleur des victimes s’ajoute la longueur des procédures. Pour les parties civiles, cette instruction de cinq ans est une incompréhension totale. « Ce délai n’est pas justifié. Entre l’ordonnance de fin d’instruction et l’ordonnance de renvoi, il s’est écoulé un temps majeur alors que la reconstitution de l’accident a été faite quelques jours après et le rapport d’accidentologie réalisé dans les temps », déplore l’avocat de plusieurs parents d’adolescents décédés. « Il n’y a pas eu de pourvoi en cassation car les délais auraient été intenables pour mes clients », ajoute-t-il.
Durant trois jours, les familles et les rescapés devront affronter le récit de cet atroce accident.
« On prépare les familles à la pression et au caractère émotionnel qu’il y aura durant ce procès », rapporte maître Andrault. L’un de ses clients était assis dans le bus. Il a tout vu. « Tous les matins il se demande pourquoi lui est encore en vie et pas ses camarades. C’est cette douleur qu’il ira rapporter à la barre », indique-t-il.
« On ne s’habitue pas à l’horreur mais on se doit d’avoir le recul que n’ont pas nos clients pour que les débats restent sereins », conclut maître Sainte-Marie Pricot.
L’audience sera publique et débutera lundi 28 mars à 9 h.