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Deux-Sèvres. Christian Boltanski avait photographié les élèves d’Oiron : les instituteurs racontent... |
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« Les écoliers d’Oiron » sont une Å“uvre de Christian Boltanski exposée au château d’Oiron. © Eric Chauvet/ Château d’Oiron
Les enseignants d’Oiron, près de Thouars, dans le nord des Deux-Sèvres, avaient accueilli dans leur classe Christian Boltanski pour qu’il photographie leurs élèves en 1993. Vingt-huit ans plus tard et au lendemain du décès de l’artiste, ils se souviennent encore de leur rencontre avec émotion.
Lorsque Christian Boltanski est venu à l’école d’Oiron, près de Thouars, réaliser les portraits des élèves, André Blanchet était directeur et enseignant dans l’établissement. Ça m’a touché d’apprendre son décès, car j’avais eu des rapports sympathiques avec lui. C’était une personne charmante, je pouvais lui parler très facilement », se souvient-il . « Lorsqu’il a pris mes élèves en photos pour son projet, il a aussi vendu la photo aux parents comme un photographe d’école. C’était un objet tout simple, affectif, à mettre sur le frigo. Et au château, c’est une œuvre d’art.
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« Il photographiait les enfants tels qu’ils étaient »
Quant à la façon de prendre les photos,là , ça n’avait rien à voir ! Un photographe d’école veut tout le monde bien peigné, bien habillé, qu’on se tienne bien. Christian Boltanski, lui, faisait la photo des enfants tels qu’ils étaient ce jour-là : avec un bandeau, le col de travers, il y en a qui souriaient, d’autre moins… D’ailleurs, ses clichés n’ont pas eu un franc succès auprès des familles en tant que photos d’école !
, sourit l’enseignant.
Instituteur au village en 1993, Robert Civrais se souvient que l’artiste est venu à plusieurs reprises dans sa classe. Il m’avait beaucoup impressionné par sa réflexion, il avait une philosophie assez complexe, raconte l’enseignant. Mes élèves portent leurs vêtements habituels, et leurs portraits accrochés dans des cadres en bois créent un contraste dans un lieu chargé d’histoire. C’est une œuvre très forte qui a marqué les enfants et leurs familles, et ils la revoient toujours avec émotion. Et du point de vue des Oironnais, cette œuvre contribue fortement à resserrer les liens du château avec les habitants.
Une personnalité complexe et tourmentée
Christian Boltanski est aussi venu à l’école répondre aux questions des enfants. Il s’est assis au milieu d’eux, se rappelle Robert Civrais. Il n’était pas très expansif. Je me souviens qu’il m’a dit : je ne sais pas si c’est grâce à vous mais vos élèves sont très ouverts
. Membre de l’association des Amis d’Oiron, Robert Civrais garde de Christian Boltanski l’impression d’une personnalité complexe, tourmentée. Sa disparition m’émeut. Il disait : l’enfant, c’est ce qui meurt le premier en nous, nous portons tous en nous la trace d’un enfant mort.