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« Je me suis dit : il faut le faire ! » : à 18 ans, il reprend seul le dernier commerce du village... |
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À 18 ans, Justin Adolphe, surnommé « Tintin », a repris la boucherie-épicerie de Vouzailles (Vienne) en octobre 2024, évitant ainsi la fermeture du dernier commerce du village. © Justin Adolphe
Le dernier commerce de Vouzailles, un village de la Vienne d’environ 570 habitants, aurait pu disparaître en 2024. Mais c’était sans compter sur la détermination de Justin Adolphe, surnommé « Tintin », qui a décidé de reprendre la boucherie-épicerie à seulement 18 ans.
« Ça aurait été dommage de perdre le dernier commerce du village », confie Justin Adolphe. Alors qu’il n’était âgé que de 18 ans, celui que l’on surnomme « Tintin » a décidé de reprendre la boucherie de Vouzailles pour éviter sa fermeture définitive. Un an plus tard, le jeune artisan assume seul la gestion d’un établissement devenu indispensable à cette commune de la Vienne peuplée de 570 habitants.
L’ancien apprenti devenu patron
Lorsque l’ancien gérant a quitté le village en 2024, la boucherie est restée sans repreneur pendant six mois. Un crève-cœur de plus, sachant que la boulangerie avait fermé ses portes et que les gérants du seul bar de Vouzailles sont partis à la retraite. Mais dans ce paysage commercial de plus en plus désert, Justin a refusé de voir disparaître le dernier service de proximité.
Fraîchement diplômé après trois ans d’apprentissage dans ce même commerce, Justin Adolphe a décidé de franchir le pas en octobre 2024. « Je me suis dit : il faut le faire ! J’ai 18 ans, je vis encore chez mes parents, je n’ai pas de loyer à payer, pas d’enfants ni de crédit à rembourser ». Le jeune homme se souvient d’une certaine appréhension au départ, mais celle-ci s’est vite dissipée. « Je connais bien mon métier, donc j’étais confiant », résume-t-il. Habitant à Thénezay (Deux-Sèvres), à une dizaine de minutes de là , « Tintin » connaissait déjà la clientèle et ses habitudes. « Ça m’a aidé, notamment pour savoir quels produits mettre en avant. »
Des aides de la mairie et de la Région
Consciente de l’enjeu pour les habitants, la municipalité de Vouzailles a apporté sa pierre à l’édifice. « Elle m’a aidé dès le début. La mairie m’a offert un an de loyer, a repeint le magasin dans son intégralité et réalisé des travaux de menuiserie et de plomberie. » La Région a également soutenu le projet en finançant une partie du matériel.
C’est ainsi que l’établissement, rebaptisé « Chez Tintin », a pu rouvrir ses portes. L’activité, étendue sur six jours par semaine, suit le quotidien bien rythmé de son nouveau gérant. Dès 5 heures du matin, il met en place ses vitrines, reçoit les livraisons et fabrique ses spécialités. « J’essaie de privilégier au maximum le fait maison. Je préfère une vitrine un peu moins remplie avec de l’artisanal, qu’une vitrine pleine avec des produits semi-industriels », détaille-t-il. Son père retraité l’aide une heure par jour, pour gérer le service. Puis, le jeune boucher se concentre sur les tâches administratives et le nettoyage.
« Éviter les galères aux habitants »
L’établissement fait également office d’épicerie ainsi que de tabac-presse et propose des produits de première nécessité. « C’était d’autant plus important de préserver le commerce, pour éviter les galères aux habitants », poursuit Justin. Car les magasins se font également rares dans les villages voisins, et la grande ville la plus proche, Poitiers, est à une vingtaine de minutes en voiture.
« Il y a pas mal de personnes âgées qui n’ont plus les moyens de conduire ou de se déplacer, décrit le jeune boucher. Ils vivent en campagne et ont toujours été habitués au petit boucher du coin. »
« Je suis heureux, je fais ce que j’aime »
Âgé de 19 ans aujourd’hui, Justin accueille entre 30 et 40 clients par jour. Une fréquentation stable. « Ça va faire un an que j’ai repris l’activité et tout se passe bien », résume-t-il avec fierté. « Sans avoir un trop gros salaire, je suis heureux, je fais ce que j’aime, je fais plaisir aux personnes que je sers. Je n’ai pas besoin de beaucoup plus », avait-il expliqué à France 3 Nouvelle-Aquitaine .
Son prochain objectif : recruter du personnel. « J’attends mon premier bilan fin novembre pour embaucher une personne qui m’aide sur la fabrication. Entre la gestion de l’épicerie, les commandes, l’administratif, la production… Je ne peux pas être partout », reconnaît-il. Et cela, sans compter son autre activité de pompier volontaire à Thénezay. Mais s’il fallait n’en choisir qu’une, il n’hésiterait pas une seconde. « Pompier, j’adore, mais ça sera le magasin avant tout », conclut le jeune boucher.