|
« Ils se sont joués de nous » : ces boulangers se voyaient déjà à la retraite, la vente du magasin échoue... |
1
Patrick et Patrizia Lacorne ont malgré eux repris du service à la tête de leur boulangerie à Lyon (Rhône). © Marina Lacorne
À 57 et 59 ans, Patrizia et Patrick Lacorne ont repris du service dans leur boulangerie de Lyon (Rhône). Ils pensaient que la vente de leur fonds de commerce leur permettrait de partir en retraite. Le couple avait fermé la boutique et dit adieu à ses fidèles clients quand la transaction a finalement capoté.
« On se sent floués ». Patrizia et Patrick, à la tête de la boulangerie Maison Lacorne, n’ont pas pu prendre comme prévu leur retraite à la fin de l’année 2025. Tous les voyants étaient pourtant au vert pour la cession de leur fonds de commerce du sixième arrondissement de Lyon (Rhône), à des acquéreurs qui présentaient toutes les garanties. Mais la transaction a échoué dans des circonstances qui ont laissé le couple entre « mal-être » et « rage », nous a confié la commerçante.
L’enjeu était de taille pour le couple. Et pour cause : la boutique représente « le fruit de notre travail et notre retraite », explique Patrizia Lacorne. À respectivement 59 et 57 ans, le pâtissier chocolatier de profession et son épouse aspiraient au repos après une carrière bien remplie : 30 ans passés à faire tourner une boulangerie dont les neuf derniers à la Maison Lacorne. Les deux Lyonnais avaient hâte de mener à bien leurs projets, comme un long voyage en Asie pour rendre visite à leurs fils et « quitter Lyon, à terme ».
Un grand empressement
Ce futur semblait à portée de main quand, après à peine un an et quelques visites n’ayant pas abouti, deux associés très intéressés se sont manifestés en plein été 2025, alors que les boulangers étaient en vacances.
Face à l’insistance des acquéreurs potentiels, les Lacorne leur ont rapidement fait visiter la boutique à leur retour. Bien situé près du métro dans un secteur agréable avec une véritable vie de quartier, le petit magasin dont l’histoire a été repérée par Le Progrès, a tout pour plaire.
Les visiteurs ne s’y sont pas trompés et ont rapidement confirmé leur intention d’acheter le fonds de commerce et de réaliser d’importants travaux, à la hauteur de leur ambition. « Ils voulaient tout casser, lancer une franchise, ils voyaient les choses en grand et au final il n’y a rien eu », résume Patrizia Lacorne.
Car la vente définitive n’a jamais été signée. Pourtant les acheteurs déjà expérimentés dans le secteur de la boulangerie souhaitaient aller vite, possédaient les fonds nécessaires et avaient fait la demande obligatoire d’autorisation de transmission de bail.
La fin d’un long parcours
Malgré quelques lenteurs, la date de signature définitive de la transaction a pu être fixée au vendredi 28 novembre 2025. Mais une conversation entre les futurs acquéreurs et les bailleurs a tout changé. La déclaration préalable de travaux est refusée et les seconds demandent aux premiers un loyer « multiplié par trois ou quatre », nous précise la boulangère.
Acculés, les Lacorne ont accepté de faire un geste et de baisser le prix de vente pour permettre à leurs acheteurs de rester dans leur budget prévisionnel. Mais une nouvelle douche froide les attendait. Un peu avant Noël, les deux associés se sont définitivement désistés.
Avec un magasin fermé mais des charges fixes à régler chaque mois et du personnel à payer en attendant d’être à nouveau rémunéré par les nouveaux boulangers, le couple lyonnais avait déjà pioché dans ses fonds personnels pour renflouer son entreprise. Voilà pourquoi il a décidé de rouvrir la boulangerie lundi 5 janvier 2026. Problème : parmi les conditions exigées par les acquéreurs figurait l’obligation de transmettre le commerce entièrement vidé du matériel et du stock.Â
« Les mamies avaient pleuré »
« Il a fallu tout racheter, tout recommencer, alors que dans notre tête, on était déjà partis, on avait tourné la page, témoigne Patrizia Lacorne. Nous avions prévenu nos clients, fait nos adieux, les mamies avaient pleuré… Moralement, c’est dur. Et puis on avait un peu honte. » L’accueil a toutefois été plus que chaleureux. « Les gens étaient désolés pour nous mais ravis, aussi. O n leur avait manqué », se souvient la boulangère.
Aujourd’hui, les projets de retraite du couple sont toujours d’actualité et la Maison Lacorne est de nouveau en vente. Une personne a manifesté son intérêt. Les boulangers se sont assuré les services d’une avocate en qui ils ont toute confiance et ont assigné les deux associés en justice. La quinquagénaire s’est dite déçue des institutions et des professionnels du juridique et, avec du recul, estime que dans cette affaire, « il y a eu un manque de facteur humain et d’empathie du début à la fin. »Â