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ENTRETIEN. « Artificialisation, urbanisation, suppression des haies » : ces actions humaines qui aggravent les crues... |
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Inondations à Denée, dans le Maine-et-Loire, le 15 février 2026. Le département est placé en vigilance rouge pour les crues. © Vincent Michel / Ouest-France
La Gironde, le Lot-et-Garonne et le Maine-et-Loire sont toujours en vigilance rouge ce mardi. Pierre Brigore, hydrologue, évoque pour «Ouest-France» les phénomènes à l’œuvre et les aléas dont dépendra la décrue.
Pierre Brigore est hydrologue. Enseignant chercheur à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Rennes il compte parmi les spécialistes français de l’analyse de la réponse hydrologique des bassins-versants. Météorologie, hydrogéologie, influence du réchauffement climatique… Pour Ouest-France, il analyse les conséquences des crues sévères en cours en France.
Qu’est ce qui explique l’intensité de ces crues ?
Une étude récente consacrée à la tempête Nills qui a balayé la France mi-janvier a montré que, sur le volume de pluies qu’elle a apporté, 10 % pouvaient être imputés au réchauffement climatique. Cela signifie que dans un monde sans émissions de gaz à effet de serre d’origines humaines, cette tempête aurait apporté 10 % de précipitations en moins. Toute cette pluie est tombée après un enchaînement de tempêtes hivernales qui ont saturé les sols, empêchant l’eau de s’infiltrer. L’hiver a été extrêmement pluvieux. C’est ce qui explique que beaucoup de cours d’eau réagissent.
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Faut-il s’attendre à des crues plus fréquentes et plus sévères à l’avenir ?
Lorsque la température augmente de 1 °C, l’air contient 7 % d’humidité en plus. Plus l’atmosphère est chaude, plus le potentiel de pluie augmente. C’est particulièrement vrai pour les pluies intenses l’été mais la possibilité de connaître des épisodes hivernaux plus humides, comme celui-là , s’accroît, elle aussi. Cela ne signifie pas pour autant que cela se produira tous les ans. La probabilité d’avoir des hivers plus secs augmente également. Dans un sens comme dans l’autre, les phénomènes extrêmes vont empirer. Les pluies hivernales auront par ailleurs tendance à tomber sur des sols plus secs. Ce qui complique la projection des crues futures.
Quels sont les facteurs aggravants ?
L’hydrogéologie locale et l’aménagement du territoire. L’artificialisation des sols, l’urbanisation, la suppression des haies et le drainage agricole accélèrent le ruissellement. À l’inverse, l’installation de barrages ou de réservoirs, comme sur la Vilaine, la création de zones humides ou d’expansion peuvent ralentir l’eau, favoriser l’infiltration et atténuer les effets des crues.
La décrue prendra-t-elle beaucoup de temps ?
Elle est toujours plus lente que la montée et elle dépend de la géologie des bassins-versants, de l’occupation des sols et des pluies à venir. Cela pourra prendre plusieurs jours, une bonne semaine, voire un peu plus. En hiver même des pluies moyennes peuvent ralentir la décrue. À ces aléas s’ajoute l’effet des marées qui, comme un bouchon, empêchent l’eau de s’écouler rapidement vers la mer.
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