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VIDÉO. Loin de la politique, la vie paisible de l’ancienne maire de Niort, Geneviève Gaillard... |
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Dans le quartier de Surimeau, Geneviève Gaillard vit une retraite paisible avec Cajou qui ne la quitte plus depuis 2008 et son élection à la mairie. © CO – Marie DELAGE
En retrait de la vie publique depuis bientôt quatre ans, Geneviève Gaillard, maire de Niort de 2008 à 2014, se confie sur son nouveau quotidien loin des joutes politiques. « J’ai enfin du temps pour moi », savoure-t-elle.
Ce mercredi matin, le feu crépite déjà dans l’âtre de la cheminée de l’ancienne maire (PS) de Niort. Les flammes réchauffent le joyeux capharnaüm qui sert de pièce de vie à Geneviève Gaillard et sa fidèle Cajou à ses côtés depuis un dimanche de 2008. Hautes plantes vertes, fleurs suspendues, sculptures, masques africains, objets de décoration en tout genre, tableaux, photos de famille et poupées de sa dernière petite-fille cohabitent avec vue sur le jardin, les poules et le bassin aux grenouilles. A deux pas de l’école de La Mirandelle, dans le quartier de Surimeau, on est loin de l’atmosphère feutrée de l’hôtel de ville et des dorures du palais Bourbon, ses deux résidences principales entre 1989 et 2017.
« Je pense être toujours restée la même »
En retrait de la vie publique depuis bientôt quatre ans, l’ex-édile et députée goûte, à 73 ans, aux joies d’une existence paisible sans être bousculée du lundi au dimanche. Le fait de ne plus être obligée de me déplacer un week-end, vous ne pouvez pas imaginer le bien que ça me fait
, raconte celle qui consacre sa retraite à rattraper le temps perdu. Je fais tout ce que je n’ai pas pu faire avant : j’écris, je lis, j’écoute de la musique, je cours, je tricote, je m’occupe de mes bêtes, je passe du temps avec mes quatre enfants, mes trois petits-enfants, mes amis. Ce sont mes petits bonheurs qui rendent mon quotidien serein.
Une rupture avec son monde d’avant fait de journées à rallonge, d’allers-retours incessants, de réunions, de dossiers, de débats, de rires, de prises de bec, de campagnes électorales, de victoires, de déceptions, de joie, de souffrance. Je crois être parvenue à être restée toujours la même mais j’ai souvent eu le sentiment de ne pas m’appartenir. Je ne m’en plains pas, c’est un choix que j’avais fait. Mais aujourd’hui, je mesure à quel point j’étais prise dans un tourbillon
, reconnaît la mère de famille qui assure avoir tourné la page sans fébrilité aucune, ni regret. Ma décision était prise depuis longtemps. J’étais prête à retrouver un certain anonymat et à ouvrir un nouveau chapitre.
« Extrêmement choquée par ma défaite »
La cicatrice des municipales de 2014 et la perte de la mairie semblent aussi refermées même si une pointe d’amertume et un manque de reconnaissance se laissent encore deviner. J’ai été extrêmement choquée car je m’y attendais peu. Cette défaite a été un moment très pénible à vivre. J’en ai voulu à mes amis de gauche qui m’ont tourné le dos mais aussi à mon successeur d’une mauvaise foi innommable. Il m’a fallu du temps pour accepter le verdict surtout après avoir engagé des chantiers aussi structurants comme la piétonnisation qui a profondément changé le visage de la ville. C’était injuste à mes yeux mais c’est ainsi
, raconte Geneviève Gaillard qui reconnaît que son nom a parfois été lourd à porter entre 2008 et 2014.
[maire de 1971 à 1985, NDLR]
J’ai toujours adoré mon père
mais on me ramenait beaucoup à lui quand j’étais aux affaires. On me disait qu’il n’aurait pas fait comme ci, comme ça. Je devais beaucoup me justifier, même auprès de mon équipe. Cette référence a été pesante par moments.
Comme le fait d’être une femme peu encline à se conformer au regard des autres.
J’entendais les critiques sur mes tenues, ma coiffure. Dit-on cela à un homme
?
Je n’allais pas renier ma personnalité pour correspondre aux codes d’un autre temps. Peut-être que j’aurais dû me comporter autrement mais cela n’aurait pas été moi
, estime l’ancienne élue tentée par l’écriture d’un livre sur le sujet. Je pourrais même faire six tomes sur comment concilier sa vie de femme et de maman en politique ! J’ai la matière et le temps mais je suis plus scientifique que littéraire. J’ai un peu de mal à ranger mes idées dans l’ordre.
Un peu comme pour son intérieur. Que voulez-vous ? On ne se refait pas !
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28 années en politique
13 mai 1947. Geneviève Gaillard naît à Niort. Elle est la fille de Paulette et René Gaillard, maire (1971-1985) et député socialiste (1973-1985).
1974. Diplômée de l’école nationale vétérinaire de Toulouse.
1982. Après avoir travaillé au laboratoire de pathologie aviaire de Saint-Brieuc, puis à celui des médicaments vétérinaires de Fougères, elle revient à Niort au sein de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments.
1989. Elle devient conseillère municipale (PS) au sein de l’équipe de Bernard Bellec.
1992. Elle est élue conseillère générale du canton de Niort-Est.
1997. Elle est élue députée de la première circonscription des Deux-Sèvres. Elle sera réélue à trois reprises : en 2002, 2007 et 2012.
2008. Elle devient maire de Niort.
2014. Elle perd dès le premier tour des municipales face à Jérôme Baloge (Parti radical).
2017. Elle quitte la vie politique à l’issue de son quatrième mandat de députée.
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Pourquoi parler maintenant ?
C’est à notre initiative que Geneviève Gaillard a accepté de briser le silence depuis les élections législatives de 2017. Si dans ce premier volet, elle évoque sa nouvelle vie loin de la politique, un second épisode sera à lire jeudi 21 janvier dans le cadre d’un dossier relatif à la dernière décennie qui a vu la ville de Niort changer en profondeur. Une interview de l’ancienne maire de Niort mais aussi de son prédécesseur, Alain Baudin, et de son successeur, Jérôme Baloge, seront publiés sur notre site internet. Un supplément spécial sera édité le samedi 23 janvier.
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« Niort manque d’ambition culturelle »
Elle dit suivre la vie municipale
de loin mais ça n’empêche pas Geneviève Gaillard de porter un regard critique sur l’action de la municipalité actuelle. Je ne partage pas les mêmes convictions et les mêmes valeurs que mon successeur et cela s’est vu quand j’étais maire
, affirme cette dernière qui a encore en mémoire ces rumeurs nauséabondes autour de supposées subventions perçues pour accueillir des noirs de Seine-Saint-Denis. J’aurais aimé qu’il les condamne à mes côtés au lieu de laisser dire. Encore aujourd’hui, on m’en parle
, prolonge l’ancienne élue qui se rappelle aussi son dernier conseil, en 2014. Il n’avait pas arrêté de me couper la parole au point que j’avais dû suspendre la séance. Une première ! Maintenant, il continue d’agir ainsi avec l’opposition actuelle. C’est regrettable.
Même la réhabilitation de Port-Boinot ne suffit pas à arracher un compliment à Geneviève Gaillard. Nous avions préparé le terrain. Il a fait ce que nous aurions fait. Mais pour l’heure, c’est un site qui manque de vie. J’attends de voir ce qu’on va y mettre mais il n’y a plus cette ambition culturelle, cette étincelle que nous portions. Je voyais plus la place du Donjon comme une scène pour les arts de la rue plutôt qu’un parking le dimanche par exemple.