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Suicide d’Evaëlle, 11 ans : 18 mois de prison avec sursis requis contre son enseignante au procès en appel... |
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Les parents d’Evaëlle devant le tribunal de Versailles, lundi 9 février 2026. © ALAIN JOCARD/AFP
Le procès en appel pour harcèlement de la professeure d’Evaëlle, qui s’est suicidée en 2019 à l’âge de 11 ans, s’est ouvert lundi 9 février à Versailles. La mère de la collégienne disparue a livré un témoignage poignant et demandé aux juges de « responsabiliser cette professeure », contre qui dix-huit mois de prison ont été requis.
« À l’école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. À la place, elle a rencontré l’humiliation, l’isolement et un jour, ce poids est devenu trop lourd à porter », a déclaré Marie Dupuis devant les juges ce lundi 9 février 2026 citée par l’Agence France-Presse (AFP). Le procès en appel de la professeure de sa fille Evaëlle, qui s’est suicidée en 2019 à l’âge de 11 ans, s’est ouvert à la barre de la cour d’appel de Versailles. L’enseignante avait été relaxée en première instance.
Dans la soirée, l’accusation a requis 18 mois de prison avec sursis à l’encontre de cette dernière. L’avocate générale a également demandé une interdiction définitive d’enseigner pour cette professeure de français de 63 ans aujourd’hui à la retraite, rejugée pour harcèlement après sa relaxe en première instance.
L’enseignante « a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves mais certains élèves qui sont choisis avec soin », a déclaré Soisic Iroz, rappelant la dégradation des conditions de vie d’Evaëlle au sein du collège, harcelée par des camarades mais aussi par sa professeure de français.
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« Rendre justice, c’est responsabiliser cette professeure »
« La passion d’Evaëlle était la lecture […]. Elle était coquette, elle aimait les chevaux et par-dessus tout son chat Lancelot », a partagé la mère d’Evaëlle, des sanglots dans la voix. « Rendre justice, c’est responsabiliser cette professeure qui ne se remet pas en cause et qui porte une responsabilité écrasante du fait de son statut », a ajouté la mère d’Evaëlle.
Dans la matinée, la professeure de français s’était défendue d’avoir eu un comportement hostile envers la collégienne. « Il m’arrivait de répondre sèchement à des élèves mais je n’ai jamais ciblé un élève en particulier », a déclaré très calmement à la barre l’enseignante, vêtue d’un tailleur-pantalon marron à rayures.
« Mon intention n’était pas de la mettre en difficulté »
À plusieurs reprises, l’enseignante de 63 ans, aujourd’hui à la retraite, a maintenu sa version des faits : « Mon intention n’était pas de la mettre en difficulté mais de l’aider au contraire. » « Oui, je lui ai fait des remarques sur son travail, sur le fait qu’elle faisait autre chose pendant la classe, mais comme je le faisais avec d’autres élèves », a-t-elle poursuivi.
Evaëlle, une élève décrite comme « précoce », « atypique » et ayant « du mal à entrer dans le moule », s’est pendue dans sa chambre du pavillon familial à Herblay (Val-d’Oise) en juin 2019. Depuis son entrée en sixième au collège Isabelle-Autissier de la ville, les problèmes s’étaient multipliés pour l’adolescente, déjà victime de brimades en primaire. Victime de violences et d’insultes de la part de ses camarades, elle faisait aussi face à des tensions avec sa professeure de français.
« Le but c’était de résoudre les problèmes entre élèves »
Elle était rentrée un jour chez elle bouleversée après une journée où l’enseignante avait demandé à tous les élèves de la classe de répondre à la question : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ? ». Face à ses pleurs, l’enseignante s’était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions.
À ses parents, Evaëlle avait évoqué la « pire journée de [sa] vie ». « La mettre au centre de cette séance de vie de classe, vous pensiez que ça allait pouvoir bien se passer ? » a interrogé la présidente de la cour d’appel, interloquée par la méthode de l’enseignante. « Écoutez, il y a eu des avancées je pense, le but c’était de résoudre les problèmes entre élèves », a-t-elle justifié.
« C’était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu’elle s’en prend aux faibles »
Pendant de longues minutes, la professeure de français a écouté les nombreuses déclarations des élèves de 6e entendus pendant l’enquête, lues à l’audience. Un enfant avait déclaré que l’enseignante « faisait beaucoup de remarques à Evaëlle, elle lui criait souvent dessus ». « C’était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu’elle s’en prend aux faibles », avait mentionné une autre camarade de classe.
Dans l’après-midi, la cour a également entendu le témoignage de J., un ancien élève qui a porté plainte pour harcèlement contre l’enseignante. Il a raconté les brimades, les moqueries dont il a été victime en cours de français : « tu es débile », « tout le monde a compris sauf J ». « Oui, j’ai pu avoir des propos peut-être un peu secs, un peu cassants. Mais ce n’était pas mon intention », s’est défendue la professeure. « Je ne voulais pas faire mal, je ne me disais pas : “Chouette je vais harceler un enfant” », a poursuivi l’enseignante qui reconnaît avoir une « personnalité clivante ».
Une autre ancienne élève a également porté plainte pour harcèlement contre l’enseignante. En avril 2025, la professeure avait été relaxée au terme d’un procès éprouvant à Pontoise (Val-d’Oise). Le tribunal avait estimé que les éléments retenus contre l’enseignante étaient « discordants, indirects, peu précis » ou relevant simplement de « comportements appropriés et légitimes pour l’exercice de l’autorité d’un enseignant en classe ». Le ministère public, qui avait requis 18 mois de prison avec sursis contre la professeure, avait fait appel du jugement.
Le procès se poursuit ce mardi matin avec les plaidoiries de la défense.