|
REPORTAGE. «C’est dramatique»: les bassines mobilisent avec une débauche de violence à Sainte-Soline... |
3
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté, dans les Deux-Sèvres à Sainte-Soline, contre le projet de bassines. Des affrontements violents ont eu lieu entre manifestants et forces de l’ordre. © Franck Dubray / Ouest-France
La manifestation contre le projet de grandes bassines agricoles dans les Deux-Sèvres a donné lieu à de violents affrontements dans l’après-midi, samedi 25 mars. De nombreux blessés sont à déplorer, dont trois manifestants et deux gendarmes avec un pronostic vital engagé. Retour sur cette journée.
« Donner un coup de butoir pour stopper le chantier de Sainte-Soline. » L’objectif annoncé par les organisateurs de la manifestation anti-bassines était clair.
Ce samedi 25 mars 2023, Hier, plusieurs milliers de personnes, 30 000 selon les organisateurs, 6 000 à la mi-journée selon la préfecture, ont participé, dans les Deux-Sèvres, à la manifestation contre les bassines – ces gigantesques retenues d’eau destinées à l’irrigation agricole – à l’appel du collectif « Bassines non merci ! », le mouvement des Soulèvements de la Terre et la Confédération paysanne.
Dès vendredi, près de 6 000 opposants au projet de construction de seize bassines, d’une capacité totale d’environ six millions m³ d’eau, se sont réunis pour camper dans le petit village de Vanzay (Deux-Sèvres). À six kilomètres à vol d’oiseau du site de Sainte-Soline, où une réserve est actuellement en chantier.
Trois cortèges et trois itinéraires
Dans la matinée, ils ont été rejoints par des manifestants venus de toute la France. Aux alentours de 10 h, les personnes se sont réparties – en fonction de leur mobilité – dans trois cortèges, sobrement intitulés « loutre jaune, outarde rose et anguille bleue », avant de s’élancer, depuis le campement tapissé de boue, vers Sainte-Soline. Empruntant chacun un itinéraire différent.
Sur la route, l’ambiance était bon enfant. Jeu de mots et quolibets originaux en direction des forces de l’ordre campées à distance : « No basaran ! », « Sainte-Soline est avec nous ! », scandaient les manifestants. En tête de cortège, des structures en bois à l’effigie des animaux totems évoqués plus haut.

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre le projet de bassines à Sainte-Soline. Franck Dubray / Ouest-France
Mortiers, feux d’artifice, cocktails molotov, jets de pierre
Petit à petit, à l’approche du site, l’atmosphère s’est tendue. La bassine à l’horizon, les différents cortèges se sont arrêtés. Les organisateurs ont donné les dernières consignes, avant que les trois cortèges ne convergent pour tenter d’entrer sur la zone, protégée par un important dispositif de sécurité. Près de 3 200 gendarmes et policiers étaient mobilisés dans le département, ce week-end, pour encadrer la manifestation.
À 13 h, plusieurs milliers de personnes se sont avancées à travers champs en direction de l’ouvrage. Le cortège « loutre jaune », rassemblant les éléments les plus « radicalisés », est allé directement à la rencontre des forces de l’ordre.
L’affrontement a alors commencé. Mortiers, feux d’artifice, cocktails molotov, jets de pierre, venus d’un groupe d’environ 1 500 personnes encagoulées et vêtues de noir, contre gaz lacrymogène et grenades de désencerclement tirés par les gendarmes. Sur une vingtaine de quads, les gendarmes (deux par engin) ont tenté de stopper l’avancée du groupe, sans succès. Au même moment, le reste des manifestants s’est dirigé vers un angle de la bassine.

Près de 3 200 gendarmes et policiers étaient mobilisés. Franck Dubray / Ouest-France
Des affrontements d’une rare violence
Pendant près d’une heure et demie, les affrontements ont alors été d’une intensité et d’une violence impressionnantes. Les manifestants les plus déterminés s’attaquant aux forces de l’ordre sans discontinuer. Au centre d’une sorte de « ligne de front », constituée par les véhicules de gendarmerie garés en file indienne au bas de la bassine, des centaines d’individus regroupés ont alors presque fait vaciller le dispositif.
À coups de cocktails Molotov, ils ont incendié deux véhicules légers et deux fourgons, tandis que les gendarmes subissaient d’innombrables jets de pierre. Les forces de l’ordre ripostant par des dizaines de grenades de désencerclement.
Tirées à hauteur d’homme, elles ont entraîné des dizaines de blessés sérieux côté manifestants. Les règles encadrant leur utilisation indiquent qu’elles doivent « être lancées à la main au ras du sol », à l’exception des cas de légitime défense.
« Comment on a pu en arriver là… »
« C’est dramatique, estime Christiane, retraitée, les larmes aux yeux. Comment on a pu en arriver là… », se désole-t-elle. « C’est la guerre, estime Franck, un habitant de Melle (Deux-Sèvres), je suis écœuré. En même temps, quel choix on a ? Il n’y a pas de discussion », déplore-t-il.
« Je suis satisfait et fier, on a montré qu’on ne lâchera jamais », estime de son côté Erwann, un jeune manifestant. Un peu plus loin, à distance des affrontements, Maya, 37 ans, allaite son bébé d’un an : « C’est important pour moi de venir avec mon fils. C’est pour son futur qu’on est là. Je ne veux pas qu’il grandisse dans un pays où l’on ne partage pas l’eau. »
Des dizaines de blessés, dont plusieurs en urgence absolue
À 14 h 30, les manifestants ont été dispersés. Au total, 28 gendarmes ont été blessés, dont deux en urgence absolue, selon le procureur de Niort.
Côté manifestants, selon les organisateurs, une quarantaine de personnes ont été sérieusement blessées, principalement « à cause des grenades de désencerclements » et « une dizaine de blessés graves ont été transférés au CHU ».
À 19 h, selon les dernières informations, un manifestant était dans le coma avec son pronostic vital engagé et deux autres avaient leur pronostic vital engagé.