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PORTRAIT. Nouvelle-Calédonie : Laurence Bolé, comédienne, incarne la Kanaky au théâtre

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photo  laurence bolé s’est formée en nouvelle-calédonie auprès de pierre gope et a été ensuite admise à limoges, dans une classe de théâtre réservée aux ultramarins.  ©  valérie parlan ouest-france 2

Laurence Bolé s’est formée en Nouvelle-Calédonie auprès de Pierre Gope et a été ensuite admise à Limoges, dans une classe de théâtre réservée aux ultramarins. © Valérie PARLAN Ouest-France

Laurence Bolé est l’une des rares comédiennes kanak à vivre de sa passion du théâtre. Si sa vocation est née dans sa Nouvelle-Calédonie natale, son apprentissage des planches s’est consolidé dans les écoles d’art dramatique de l’hexagone. Devenue une professionnelle incontournable pour les dramaturges désireux de raconter toute la complexité de l’archipel ultramarin, l’artiste aspire à explorer d’autres répertoires.

Loin de la Nouvelle-Calédonie, la comédienne Laurence Bolé s’y transporte grâce à la scène. Depuis qu’elle a quitté son caillou, la trentenaire ne cesse de le raconter au théâtre. Ces derniers mois, plusieurs rôles lui ont offert une connexion particulière avec la Kanaky comme elle aime nommer sa terre natale.

Exemple en fin d’année dernière. Au Théâtre parisien de la Manufacture des Abbesses, un large public l’a applaudie pour son interprétation de Marguerite, un magnifique personnage incarnant la complexité de l’archipel océanien. Et plus particulièrement son histoire douloureuse avec la France dont elle est l’un des territoires d’outre-mer depuis 1853.

Dans la pièce Barrage, Marguerite est une professeure kanak indépendantiste. L’intrigue : un soir de mai 2024, au moment des violences inouïes qui ont meurtri la Nouvelle-Calédonie, l’enseignante se retrouve coincée dans son collège avec un collègue, un caldoche loyaliste. Deux façons de voir le vivre ensemble et le destin commun, deux camps qui s’affrontent… Toute notre histoire depuis des siècles. 

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« Les uns n’ont pas plus raison que les autres »

Confinés de force à cause des barrages installés par les émeutiers dans la ville de Nouméa, les deux profs prennent le temps de se parler. De murmurer leurs angoisses, crier leur peur, confier leurs doutes, défendre leurs valeurs et limer leurs différences.

J’aime la manière dont Jenny Briffa, l’autrice de la pièce, a imaginé ce huis clos. C’est juste et sans jugement sur ce que le peuple calédonien a traversé et va encore endurer. Regardez comme la signature des derniers accords de Bougival s’est faite dans la douleur et l’incertitude du lendemain… L’équilibre des opinions, des paradoxes, des ressentis est rare dans l’actualité dramatique de la Nouvelle-Calédonie. Parce que les uns n’ont pas plus raison que les autres… 

Sur un sujet aussi inflammable, Laurence Bolé ne se serait pas imaginée monter sur les planches avec un propos se fracassant contre sa propre histoire. Je suis kanak, la culture de ce peuple, c’est la mienne, celle de ma famille. Sur les barrages, les jeunes en colère, c’étaient mes frères. Je n’excuse pas la violence, mais je comprends leur rage. 

A Paris au moment de la crise, elle se souvient d’un cœur en miettes en voyant nos maisons brûler et les siens se déchirer. Alors jouer Barrage, ce fut un engagement aussi artistique que citoyen, une aventure quasi cathartique.

photo dans la pièce barrage, laurence bolé interprète, dans un duo saisissant de justesse aux côtés du comédien stéphane piochaud, les heures sombres des émeutes de 2024.  ©  jérôme dominé

Dans la pièce Barrage, Laurence Bolé interprète, dans un duo saisissant de justesse aux côtés du comédien Stéphane Piochaud, les heures sombres des émeutes de 2024. Jérôme Dominé

« Une grande puissance de jeu »

Quelques années auparavant, elle s’était déjà impliquée à fond dans d’autres pièces avec la Nouvelle-Calédonie en fond de décor. Souvent des œuvres de la Calédonienne Jenny Briffa. Un fidèle compagnonnage tissé à la sortie, en 2022, de ses trois années d’étude à l’École nationale supérieure d’art dramatique de Montpellier.

Jenny m’y a fait passer une audition, très vite j’ai compris que j’allais grandir auprès d’elle, se souvient-elle. La dramaturge lui renvoie le compliment : Les comédiens et comédiennes kanak sont rares au pays, Laurence est la deuxième à être professionnelle. C’est une grande bosseuse, avec une grande puissance de jeu, une aura et un charisme indéniables. On la voit sur scène, en termes d’énergie, il se passe vraiment quelque chose.

« La parole a une grande valeur, c’est de l’ordre de la sagesse et du respect »

Du travail, l’apprentie comédienne en a abattu pour croire en sa vocation. Sur son île, dans cette petite ville de la Province Nord où elle passe son enfance, le milieu du théâtre n’est ni populaire pour la majorité, ni fréquentable pour certains. Sans école sur place, s’y former reste une chimère. Pourtant, toute gamine, Laurence le sent, elle aime les mots, les textes. Les jouer devant les autres apporte une confiance en soi. Et cette confiance, j’en manquais tellement… 

Mais dans la culture kanak, on tient la pudeur du verbe en haute estime. La parole a une grande valeur, c’est de l’ordre de la sagesse et du respect. Ce sont les aînés qui parlent, les autres doivent savoir se taire, rester humble.

Alors comment apprendre à déclamer quand vous êtes encouragée au retrait ? J’ai eu cette magnifique chance d’avoir une famille qui me soutenait dans mon envie de faire de la scène, surtout mon papi qui a toujours cru en moi et était si fier d’assister à mes premières représentations.

Apprendre entre le maître Gope et la classe prépa’

Et puis, il y a eu la rencontre avec le maître. Ce mentor, c’est Pierre Gope, le grand écrivain, poète et dramaturge kanak. Son bac en poche, au hasard d’un stage, Laurence finit par intégrer sa troupe. Cinq années à répéter, tourner, bosser comme une dingue pour construire mon socle.

Ne pas décevoir et mériter de présenter la fameuse CPI. Comprenez la Classe préparatoire intégrée de l’Ecole supérieure de théâtre de l’Union à Limoges. Un dispositif unique en France pour accueillir les jeunes natifs des territoires d’Outre-mer et les préparer aux concours des écoles d’art dramatique comme celle de Montpellier où Laurence a été ensuite admise. À Limoges, ça a été une année de pur bonheur. Même si au début, c’était sportif ! Ça signifiait partir vers une lointaine métropole, complètement inconnue, quitter mes proches… 

Ne pas devenir qu’un étendard de la diversité

 Mais le cocon de sa promo, exclusivement composée de comédiens ultramarins eux aussi déracinés, a permis de les rendre costauds pour embrasser ce métier très dur. Et, au passage, de chasser le syndrome de l’imposteur… pour se débarrasser de la trouille de ne devenir qu’un étendard de la diversité et une caution artistique de l’égalité républicaine dans la France des Outre-mer.

Car même si la comédienne s’épanouit en début de carrière à incarner les enjeux de la société calédonienne, elle aspire à se frotter à d’autres levers de rideau. J’espère qu’elle ne sera pas emprisonnée dans des rôles uniquement liés à notre pays, acquiesce Jenny Briffa. Elle a le talent pour plein d’autres histoires. En cela, elle est vraiment une comédienne universelle.

En attendant la mue de son répertoire, Laurence Bolé passera encore quelques heures avec Marguerite puisqu’elle rejoindra sa belle Kanaky, au printemps, pour y jouer Barrage. Avant de gagner, en juillet, la Mecque du festival d’Avignon.

 
Valérie Parlan    Ouest-France  

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