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OnlyFans, Mym, Sexemodel… Cinq questions sur la proposition de loi examinée au Sénat qui s’attaque aux proxénètes 2.0... |
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Le logo OnlyFans sur un écran de téléphone. © NIKOLAS KOKOVLIS/NurPhoto via AFP
Les sénateurs vont examiner, ce mardi 10 février, une proposition de loi visant à s’attaquer aux proxénètes 2.0 qui pullulent sur les plateformes telles qu’OnlyFans, Mym ou encore Sexemodel. Voici cinq questions sur ce texte qui ne fait pas l’unanimité.
Le Sénat tente de légiférer contre ces « proxénètes 2.0 », rouvrant un débat délicat sur la prostitution à l’ère du numérique. Une proposition de loi cosignée par une centaine d’élus de droite et du centre, sera examinée en première lecture ce mardi 10 février 2026 à partir de 15 h 30. Les sénateurs s’attaquent à cette galaxie en plein essor mais encore peu régulée, celle du caming. Voici X questions pour comprendre ce phénomène et ce texte.
1. Qu’est-ce que le « caming » ?
La pratique du caming n’est pas nouvelle. Mais elle a été particulièrement popularisée durant la crise sanitaire via diverses plateformes comme le géant anglais OnlyFans, son concurrent français Mym ou encore le plus sulfureux site de petites annonces libertines Sexemodel. Sur ces sites, des femmes et des hommes vendent des contenus sexuels ou pornographiques, parfois personnalisés, par abonnement, rappelle l’Agence France-Presse (AFP).
Derrière ces photos, vidéos ou encore shows érotiques, qui offrent parfois un complément de salaire à des créateurs de contenu, se cache aussi tout un écosystème commercial. Des intermédiaires se chargent, contre rétribution, de développer l’activité de ces « modèles ». Ils leur promettent promotion et visibilité, quitte à embaucher des « tchatteurs » pour gérer les conversations privées avec leurs abonnés. Ces intermédiaires se présentent comme des « managers » ou encore des « agents ».
En France, quelque 30 % des créateurs de contenu seraient représentés par un agent. Un pourcentage qui atteindrait 90 % sur OnlyFans aux États-Unis, selon le rapport du Sénat de cette proposition de loi.
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2. Quels dangers pèsent-ils sur les créateurs de contenus ?
Mais cette pratique s’accompagne de « dérives très importantes qui peuvent être assimilées à du proxénétisme 2.0 ou à de l’exploitation sexuelle »,
« Ce qui ressemble à de l’argent facile peut devenir un piège infernal pour des modèles parfois mineures » qui se retrouvent dans certains cas « menacées, violentées ou harcelées », explique à l’AFP l’autrice de texte, la sénatrice Les Républicains Marie Mercier.
« Tous les jours, je me réveillais à 11 heures et je créais du contenu jusqu’à 5 heures du matin sans m’arrêter. C’étaient des vidéos personnalisées sur commande à livrer dans l’heure qui suit, parce que les 'chatteurs’, voulaient avoir leurs commissions », raconte Kristin, alias, Kriplusfort, à Franceinfo . La jeune femme est épuisée et se met en danger. « J’étais dans un état vraiment lamentable. Je prenais de la drogue tous les jours pour tenir. J’étais tout le temps sous kétamine. Quand je lui ai dit que j’allais arrêter, il ne voulait pas me laisser partir », explique-t-elle à nos confrères. Elle finit par arrêter mais depuis, son ancien « manager » la harcèle assure-t-elle : « Il a changé tous les mots de passe. Il a fait fuiter mes contenus, a publié pleins de trucs sans mon consentement sur les réseaux… C’était vraiment des trucs horribles. Il a aussi payé un mec sur WhatsApp pour m’envoyer une vidéo d’en bas de chez moi en pleine nuit […] »
3. Pourquoi est-ce difficile de légiférer ?
Face à ces dérives, légiférer s’avère en réalité assez complexe. Faut-il s’attaquer au modèle même de ces plateformes ? Pénaliser directement les clients ? Se concentrer sur ces proxénètes 2.0, difficiles à tracer ?
La réponse est d’autant plus difficile à apporter que la jurisprudence de la Cour de Cassation est claire : la pratique du caming ne relève pas de la prostitution, en l’absence de « contact physique ». Il est donc périlleux de relier ces activités au proxénétisme, dont la définition dans le Code pénal découle directement de celle de la prostitution.
« Pénaliser l’acheteur et réprimer le proxénétisme en ligne suppose qu’on redéfinisse la prostitution », explique la rapporteure du texte au Sénat, Lauriane Josende (Les Républicains). Or, selon elle, cela créerait des « effets de bord » et porterait une atteinte aux libertés : « Quid des strip-teases, des peep-shows, voire de la pornographie ? » s’interroge la sénatrice.
À son initiative, le Sénat a donc complètement remodelé en commission le dispositif initial du texte, qui s’attaquait aux clients de ces plateformes en pénalisant directement « l’achat de contenus individualisés à caractère sexuel en ligne ».
4. En quoi consiste la nouvelle infraction qui pourrait être créée ?
La proposition de loi crée donc une nouvelle infraction spécifique « d’exploitation sexuelle en ligne ». Celle-ci est punie de jusqu’à sept ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende et aggravée dans certains cas.
Cette infraction viserait les intermédiaires lorsqu’ils « recrutent » quelqu’un en vue de lui permettre de réaliser des contenus à caractère sexuel « sur une plateforme en ligne ».
Elle serait caractérisée par certaines circonstances, comme la « menace », la « contrainte », la « violence » ou « l’abus d’une situation de vulnérabilité », des critères inspirés du dispositif réprimant la traite des êtres humains. Mais la rétribution financière de l’intermédiaire, seule, ne suffirait pas à la caractériser.
5. Pourquoi cette proposition de loi ne fait-elle pas l’unanimité ?
La rédaction de cette proposition de loi a été saluée par la plateforme Mym, qui a dit « l’accueillir positivement » car elle assure selon elle « une protection maximale des utilisateurs » comme des « créateurs de contenu ».
Certains parlementaires et associations y voient au contraire un texte totalement dénaturé et probablement inefficace. « C’est une occasion manquée […] La question des acheteurs de services sexuels a complètement disparu », a regretté auprès de l’AFP Lénaig Le Fouillé, porte-parole du mouvement du Nid, qui milite de longue date en faveur de l’abolition de la prostitution.
« Cette infraction ne servira à rien », s’agace de son côté la socialiste Laurence Rossignol. « Il suffirait d’adapter les sanctions existantes au numérique », ajoute la sénatrice, qui a déposé une autre proposition de loi pour que le proxénétisme englobe « les actes sexuels non simulés », qu’ils soient « physiques ou virtuels ».