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Guerre au Liban : la ville de Khiam, théâtre d’une bataille stratégique pour le contrôle du sud du pays... |
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Des panaches de fumée s'élèvent aux abords du village de Khiam, dans le sud du Liban, près de la frontière israélienne, le 17 mars 2026. © AFP
Les combats entre le Hezbollah et l’armée israélienne se sont intensifiés ces derniers jours dans cette localité du sud-Liban. L’emplacement de Khiam, en surplomb de la vallée du fleuve Litani et de la plaine de Marjeyoun, en fait une position stratégique de choix.
C’est une ville charnière entre le sud et l’est, les deux grandes régions chiites du Liban. Ces derniers jours, la ville de Khiam est le théâtre de violents affrontements entre le Hezbollah, allié de l’Iran, et l’armée israélienne. Sa position stratégique en fait une prise de choix pour l’État hébreu dans sa volonté d’isoler le sud du pays.
En surplomb de zones stratégiques
A quelque 700 mètres d’altitude, cette place forte du parti-milice chiite constitue l’un des points les plus hauts de la zone. Khiam surplombe la plaine de Marjeyoun, au nord, et le fleuve Litani au sud, convoité de longue date par Israël. Le cours d’eau de 140 kilomètres de long, situé à 30 kilomètres de la frontière israélo-libanaise, s’écoule jusqu’à la Méditerranée où il se jette au nord de Tyr. « Quiconque tente de progresser vers le Litani dans ce secteur est inévitablement surveillé et visé depuis Khiam », soulève le général Khalil Gemayel, ancien commandant du secteur sud du Litani de l’armée libanaise interrogé par Ici Beyrouth.
Avoir un œil sur les mouvements militaires ne serait pas le seul gain d’une telle conquête : mettre la main sur Khiam permettrait aussi de prendre le contrôle des axes routiers de la région qui relient la frontière israélienne à la vallée du Litani. De quoi constituer, pour Israël, une zone stratégique essentielle pour étendre son contrôle à l’intérieur des terres libanaises mais aussi de couper l’approvisionnement dont le Hezbollah a besoin pour défendre le sud du pays.
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La population prise en étau
La prise de cette ville de plus de 25 000 habitants, surnommée « la porte de la Bekaa », ne se fera pas sans d’âpres combats. L’armée israélienne, qui occupe à ce jour à peine 20 % du sud de Khiam, tente d’avancer sous couverture aérienne et de tirs d’artillerie. Mais le Hezbollah réplique à coups de roquettes antichars, d’attaques rapides et d’embuscades, forçant le plus souvent les forces israéliennes à reculer.
Ces combats rapprochés ont poussé une partie des habitants à fuir, les autres étant pris en étau dans ces affrontements. En 2024, la localité avait déjà été le théâtre d’une intense bataille entre les deux ennemis, jusqu’à l’instauration d’un cessez-le-feu en novembre de la même année.
Isoler le sud du pays
En faisant tomber Khiam, l’État hébreu espère ajouter une pièce de plus à son projet d’isoler le sud du Liban. La destruction, dimanche, du pont de Qasmiyeh enjambant le Litani et situé sur la principale route côtière reliant la ville de Tyr au reste du pays, en est une autre. Les ponts de Tayr Felsay et Kantara, en amont, ont eux aussi été bombardés quelques jours plus tôt. Des attaques menées pour « empêcher le passage du Hezbollah et d’armes vers le sud », selon Israël Katz, le ministre de la défense israélien. Le président libanais Joseph Aoun a dénoncé une « punition collective contre les civils » obligés de fuir vers le nord et le « prélude à une invasion terrestre » de son voisin israélien.
L’autre crainte est l’instauration par l’État hébreu d’une « zone tampon » de 5 à 6 kilomètres de large à l’intérieur du Liban, pour mettre en sécurité des villes israéliennes de l’autre côté de la frontière. Les images des combats en cours, qui ont fait plus d’un millier de morts, et des destructions de zones résidentielles dans plusieurs localités du sud rappellent celles prises dans la bande de Gaza après deux ans de guerre : Israël y avait employé une stratégie similaire pour asseoir son emprise sur le territoire palestinien.