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EN IMAGES. Nous avons visité l’exposition Toutânkhamon, qui ouvre ce samedi à Paris... |
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Toutânkhamon, gardien de sa propre tombe. © Philippe Richard/Ouest-France
C’est l’exposition événement du printemps. 150 objets du fabuleux trésor du pharaon, découvert il y a près d’un siècle, sont présentés à la Grande Halle de la Villette à partir de ce samedi. La moitié d’entre eux n’étaient jamais sortis d’Égypte, et il est probable qu’ils ne reviendront pas en Europe. Même si les pièces les plus emblématiques sont absentes, l’exposition vaut sans aucun doute le déplacement. 150 000 billets ont été vendus avant même l’ouverture.
L’exposition Toutânkhemon, le trésor du pharaon ouvre ce samedi 23 mars à la Grande Halle de la Villette, à Paris. Cinquante-deux ans après une exposition historique à Paris, le pharaon, qui a régné pendant dix ans sur l’Égypte, il y a 3 300 ans, est de retour en France.

Toutânkhamon visite le monde avant de retourner en Égypte
Alors que s’achève la construction du Grand Musée égyptien, près des pyramides de Gizeh, une sélection des plus belles pièces du trésor est en tournée mondiale. L’exposition présentée à Paris arrive de Los Angeles, où elle a attiré 700 000 visiteurs. Elle se rendra ensuite à Londres et dans sept autres villes, jusqu’en 2024.
Les objets ne seront donc pas rentrés en Égypte pour l’inauguration du Grand Musée égyptien, censé exposer la quasi-totalité du trésor de Toutânkhamon. L’ouverture serait prévue pour 2020, mais il est probable qu’il y ait des retards. L’échéance ultime est bien entendu le centenaire de la date de la découverte de la sépulture, soit le 23 novembre 2022.
L’exposition, organisée par la société américaine IMG avec, bien entendu, la bénédiction des autorités égyptienne, a également pour rôle de restimuler le tourisme en Égypte et sert de teaser à l’événement que sera l’ouverture du musée. Les royalties doivent contribuer aux travaux. Mais d’après le nouveau ministre des Antiquités égyptiennes, les millions attendus ne sont qu’une goutte d’eau, le chantier du musée ayant dépassé un budget d’un milliard d’euros.
Des objets majeurs ou de second ordre ?
L’exposition de la Grande Halle de la Villette est forcément jugée en regard de l’exposition de 1967, au Petit Palais, organisée par Christiane Desroches-Noblecourt, la grande égyptologue française, alors conservatrice du département des antiquités égyptiennes du musée du Louvre. 1,241 million de visiteurs s’y étaient pressés, notamment pour admirer le fameux masque en or du pharaon et une soixantaine d’autres pièces !
Le masque, tout comme les sarcophages, ne sortent plus d’Égypte. Sans parler des restes du pharaon eux-mêmes qui reposent toujours dans le tombeau de la Vallée des Rois où il a été retrouvé.

Les 150 objets sélectionnés par Tarek El Awady, ancien directeur du musée égyptien du Caire, sont loin d’être anecdotiques. Parmi eux, 60 n’étaient jamais sortis d’Égypte, 25 avaient déjà fait le voyage parisien en 1967. Rappelons que la fouille de la tombe de Toutânkhamon a révélé 5 398 pièces. Il y a du choix. Il fallait cependant que les objets choisis puissent supporter les nombreux déplacements et voyages auxquels ils allaient être soumis.
Parmi les plus remarquables : l’un des deux gardes géants à l’effigie du pharaon, symbolisant le passage de la nuit de l’au-delà à la renaissance ; un lit funéraire en bois doré ; un cercueil miniature en or contenant l’estomac du roi ; de nombreux objets associés de la momie du pharaon, dont un magnifique pectoral en or représentant le ba du roi (la part de l’être qui vole hors du corps à sa mort). Mais aussi un émouvant fauteuil d’ébène, ivoire et or, construit à la taille de l’enfant-roi : mort à 18 ans, Toutânkhamon (-1345 à - 1327) était devenu pharaon à l’âge de 8 ans.

Le parcours de l’exposition
Une fois les guichets passés, les visiteurs accèdent à une pièce ovale, sur les murs desquels est diffusé un court film d’introduction. Une fois le film achevé, les portes ornées de symboles d’éternité s’ouvrent. Cette première salle permet aussi de gérer le flux de visiteurs.
Amon

La seconde salle, de taille modeste, accueille une œuvre spécifique à l’exposition parisienne. Le musée du Louvre a prêté une haute statue en pierre noire (diorite) représentant le dieu Amon protégeant Toutânkhamon. La tête du pharaon manque, son nom a été effacé au dos de la statue, mais son identité a été confirmée grâce à deux minuscules inscriptions sur sa tunique.
Toutânkhamon était le fils d’Akhenaton qui avait tenté d’imposer un culte nouveau, à prééminence solaire (Aton). Si le jeune pharaon, et son entourage, avaient rétabli le culte des dieux anciens, le fondateur de la dynastie suivante (le général Horembeb) allait faire disparaître les traces et le souvenir de Toutânkhamon et de son père, qui n’apparaîtraient même plus dans la liste officielle des pharaons…
Pénombre
La visite se poursuit par un ensemble de salles plus vastes, à la décoration évoquant temples et tombeaux. L’exposition est plongée dans une semi-pénombre propice. Les objets subtilement éclairés n’en ressortent que mieux. On peut faire le tour de chacune des vitrines, flanquées systématiquement de cartels d’explication en français et en anglais.
Les espaces de circulation entre les vitrines sont larges. Les organisateurs espèrent un million de visiteurs à Paris.

Préparation au voyage dans l’au-delà , puis dangers auxquels le souverain sera exposé dans son voyage vers l’éternité (superbes arcs…), introduction aux complexes rites funéraires égyptiens…
Plus loin, on devra contourner le Gardien pour accéder à la salle suivante. Cette somptueuse statue de bois, l’une des deux statues jumelles qui gardent le tombeau, a la peau noire ; symbolisant le sombre limon du Nil et la renaissance.
Renaissance

La renaissance est le thème de la salle suivante, où gît le roi. Au centre de la salle, une représentation moulée de la momie (ou plutôt du pharaon tel qu’il est représenté sur ses sarcophages) est parée de bandelettes d’or, amulettes, mains incrustées d’or tenant la crosse et le fléau, symboles du pouvoir, à ses pieds des sandales d’or. Originellement, la momie était recouverte de 150 objets, dont 25 amulettes, glissées entre les bandelettes de la momie.
Vitrines de magnifiques bijoux, vase d’or en forme de sarcophage ayant contenu l’estomac du roi : c’est l’un des quatre vases "canope" recueillant les viscères des défunts. Et aussi une partie des 413 "chaouabis" retrouvés dans la tombe : ces serviteurs devaient subvenir aux besoins du souverain dans l’au-delà : 365 ouvriers (comme les jours de l’année), 36 chefs d’équipe (les Égyptiens comptaient 36 semaines), 12 chefs d’équipe (un par mois).
Oubli et découverte

Un seul objet, un délicat calice des souhaits en calcite occupe la petite salle. Il a été le premier retrouvé lors des fouilles. Il symbolise la dévotion des vivants pour les morts, dont il faut se souvenir et prononcer le nom pour que se prolonge leur vie éternelle, explique une vidéo. Le nom de Toutânkhamon a disparu…
Des bruits de pics et de pioches, une lumière du jour éclaire le calice. Le nom de Toutânkhamon va sortir de l’oubli.
L’ultime fouille

L’avant-dernière salle retrace l’historique des fouilles et le parcours de l’archéologue britannique Howard Carter. Arrivé en Égypte à 17 ans, bon peintre, malheureux fouilleur, jusqu’à ce qu’il convainque son commanditaire Lord Carnarvon qu’une ultime fouille devait être tentée, après des années d’échecs…
Jamais un tel trésor funéraire égyptien n’avait été trouvé aussi intact. Il est peu probable qu’on en retrouve d’autres. L’une des raisons pour lesquelles le trésor de Toutânkhamon a été quasiment inviolé est que le pharaon a été inhumé dans une tombe apparemment destinée à un prince. Le tombeau qui lui aurait été destiné n’était pas prêt en raison de sa mort précoce, à l’âge de 20 ans. Ce site moins prestigieux qu’un tombeau "officiel" de pharaon a contribué à préserver le secret.
La mort du roi
Au fond de la salle, une installation multimédia présente la momie du roi et les hypothèses sur sa mort. Des radiographies de son crâne portant une profonde marque, en 1967, ont laissé un temps supposer qu’il avait été assassiné. En fait, les dommages auraient été faits au moment de l’embaumement. La théorie actuelle veut que Toutânkhamon, affaibli par le paludisme (on a retrouvé des traces du parasite), ait succombé à une infection après une fracture à la jambe gauche. Une chute de char, supputent certains.

Dernière salle. En majesté, encore plus impressionnante car placée en hauteur, une fière statue de quartzite haute de trois mètres représente Toutânkhamon. Comme d’autres, elle a longtemps été usurpée et recyclée dans un temple à la gloire d’un de ses successeurs.
Reste à passer à la boutique, de taille pharaonique, mêlant le kitsch et l’historique. Livres sérieux et pyramides bling-bling, répliques de bijoux à plusieurs centaines d’euros et ballons dorés portant le nom King Tut : le surnom que lui donnent les Américains.
L’exposition se tient jusqu’au 15 septembre à la Grande Halle de la Villette. Billets sur expo-toutankhamon.fr ou au 0892 392 100. Plein tarif : 22 € semaine, 24 € le we et vacances. Enfants 18 € et 20 €).
Attention : 150 000 billets ont déjà été prévendus. Il semble extrêmement difficile de se procurer des billets week-end avant cet été.