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Appels au boycott, organisateur contesté… Que se passe-t-il au festival de BD d’Angoulême ?... |
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Une affiche du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, lors de la 50e édition du festival à Angoulême, le 27 janvier 2023. © YOHAN BONNET/AFP
Le monde de la bande dessinée est agité depuis samedi 8 novembre et la reconduction de 9eArt + à l’organisation du festival de BD d’Angoulême. La société est fortement contestée par les acteurs du milieu, si bien que de grands noms de la BD appellent au boycott de l’édition 2026. On fait le point.
La 53e édition du festival de BD d’Angoulême est-elle menacée ? C’est la question qui se pose alors que les appels au boycott et les critiques des grands noms de la bande dessinée se multiplient depuis l’annonce de la reconduction de son délégataire historique très contesté, 9eArt +, comme organisateur de l’évènement. Pourquoi la situation est-elle aussi critique ? On fait le point.
Pourquoi la reconduction de l’organisateur du festival fait polémique ?
Créé en 1974, le festival d’Angoulême est organisé par 9eArt + depuis 2007. Au printemps 2025, sous la pression des financeurs publics du festival, à savoir l’État et les collectivités locales, et d’un appel au boycott signé par des auteurs comme Luz ou Fabcaro, l’association du Festival d’Angoulême avait mis fin au contrat de 9eArt +, ouvrant à la concurrence l’organisation de l’événement à partir de 2028.
En juillet, le délégataire historique avait annoncé le retrait à cet horizon de son directeur décrié, Franck Bondoux, sans renoncer à candidater à l’appel à projets.
Mais, samedi 8 novembre 2025, l’association propriétaire du festival de BD d’Angoulême (FIBD) a annoncé la reconduction de la société 9eArt + comme organisatrice de l’événement, à l’issue d’un appel d’offres très critiqué pour son opacité, comme l’indique l’Agence France-Presse (AFP).
La reconduction de 9eArt + comme organisateur a suscité la colère d’une très grande partie du secteur de la BD. L’édition 2025 a en effet été marquée par une grave crise de confiance avec la société, accusée de dérives commerciales et d’avoir licencié une salariée après une plainte pour viol déposée en 2024.
Même s’il a été demandé à 9eArt + de s’associer avec la Cité internationale de la BD pour organiser les éditions à compter de 2028, cette nomination ne passe pas auprès des professionnels du milieu.
De nombreux appels au boycott
Dans ce contexte, les appels au boycott se sont multipliés sur les réseaux sociaux avec, comme mot-clé #NOFIBD2026. Les Françaises Pénélope Bagieu et Catherine Meurisse ont notamment partagé un post en ce sens.
L’illustratrice et auteure Anouck Ricard a également confié à l’AFP qu’elle ne se rendrait pas au festival d’Angoulême l’an prochain. Pourtant sacrée là -bas pour son œuvre décalée et absurde, elle a évoqué une « longue liste » de griefs contre le festival, dont « le prix des entrées, le mépris des auteur.ices, le manque de transparence, le manque d’écoute ». « Difficile de dire ce qui dérange le plus », a-t-elle ajouté.
Vingt-deux lauréats du Grand prix, dont Anouck Ricard, mais aussi Lewis Trondheim, Jacques Tardi ou Riad Sattouf, ont signé une tribune, publiée lundi 10 novembre dans L’Humanité , pour alerter sur le « danger de mort » encouru par le festival d’Angoulême. « Le festival accumule les scandales, les erreurs de communication et le manque d’ambition, tout cela dans une totale opacité de gestion », ont dénoncé les signataires du texte, appelant à « un changement rapide et profond » passant par le retrait du gestionnaire 9eArt +.
Un flou qui dérange
Le Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA) a fait savoir son rejet absolu de « la reconduction de cette société et de son dirigeant, Franck Bondoux ». Le syndicat national de l’édition (SNE), poids lourd du secteur, a de son côté réclamé « une clarification » sur la réorganisation en cours du festival et de la « transparence », faute de quoi il boycotterait les éditions postérieures à 2026.
Et pour cause, un flou demeure autour de la gestion et de l’organisation du festival. Le ministère de la Culture a d’ailleurs regretté, auprès de l’AFP, que « les contours des éditions futures restent flous, en dépit des efforts constants des financeurs publics et des attentes des auteurs, des éditeurs et des festivaliers ». La Cité internationale de la BD et 9eArt + ont jusqu’au 20 novembre pour présenter un projet commun. Le ministère de la Culture a dit attendre « l’issue des discussions pour prendre une position définitive ».
Ce n’est pas la première fois que le Festival de BD d’Angoulême connaît des remous. En 2023, une exposition qui devait être consacrée à Bastien Vivès, accusé de promouvoir la pédopornographie dans certains ouvrages, avait été annulée après une mobilisation d’associations.