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À droite comme à gauche, le début des grandes manœuvres pour la présidentielle 2027... |
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Après les élections municipales, les grandes manœuvres s’amorcent au sein des partis en vue du scrutin présidentiel de 2027. © Elsa Rancel / Ouest-France
À treize mois du scrutin, l’heure est aux tentatives d’union à droite et au centre. Mais si leur cap est clair - battre le RN - la route à suivre est encore floue. À gauche, au lendemain des municipales, le temps est plutôt au règlement de comptes au sein du Parti socialiste.
Aucune pause en politique. La page municipales désormais (presque) tournée, les grandes manœuvres s’amorcent au sein des partis en vue de l’élection présidentielle de 2027. Avec un mot d’ordre partagé à droite comme à gauche : empêcher Marine Le Pen ou Jordan Bardella d’accéder à l’Élysée.
Mais si le cap est clair, la route à suivre est encore sinueuse et sous un épais brouillard. Elle est même source de tensions et fractures entre des alliés potentiels. Si tout le monde prône l’union, personne n’en a la même lecture ou n’en donne la même définition.
Une cacophonie dont pourrait profiter le Rassemblement national… sauf qu’une divergence de stratégie gagne, à son tour, le parti à la flamme. Jordan Bardella prône une agrégation des droites pour l’emporter dans treize mois, quand Marine Le Pen mise sur un rassemblement des Français de droite et de gauche. Une rivalité de lignes que le RN va devoir clarifier.
Cartes personnelles
À droite, chez les Républicains, Bruno Retailleau tente, lui, de passer en force. Rétif à un départage par une primaire, l’ex-ministre de l’Intérieur affirme qu’il sera candidat à la présidentielle dans tous les cas. Je veux redonner du pouvoir d’achat aux Français en travaillant plus, et rétablir l’ordre dans la rue et aux frontières
, insiste-t-il.
Une carte personnelle
qu’abat également Edouard Philippe. Réélu maire du Havre (Seine-Maritime) dimanche, le patron d’Horizons veut accélérer dans sa campagne nationale. Il animera un meeting le 12 avril à Paris. L’occasion de lever le voile sur un pan de son programme. « Il est le candidat de la droite et du centre le mieux placé », estime Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement.
« La machine à perdre »
Ces deux démarches individuelles donnent des boutons à Laurent Wauquiez. Le patron des députés LR en appelle, lui, à une candidature unique de la droite, allant d’Edouard Philippe à Sarah Knafo (Reconquête !). La stratégie de Bruno Retailleau est mauvaise. Il ne peut partir seul, alors qu’il n’est donné qu’à 7 % dans les sondages. On ne peut pas avoir un candidat LR face à deux ou trois autres de la droite. C’est la machine à perdre.
L’élu de Haute-Loire souhaite qu’avant la fin de l’année une plateforme d’idées
soit mise en place, avant de choisir celui ou celle qui la portera. Problème : le Nordiste Xavier Bertrand, déjà candidat, ne veut pas entendre parler de Sarah Knafo…
Cette candidature unique de la droite et du centre pourrait-elle aussi s’ouvrir à la gauche républicaine opposée à la France insoumise ? Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, y est plutôt favorable. Pas Laurent Wauquiez, ni Gabriel Attal. Le patron de Renaissance, qui publiera un livre en avril et devrait annoncer sa candidature à la présidentielle prochainement, milite plutôt pour un rassemblement de ceux partageant les mêmes valeurs. Il faut que nous nous parlions avec le MoDem et Horizons
, réclame-t-il. Pas LR ? « Je demande une clarification à ce parti. S’il continue de se rapprocher de l’extrême droite, il n’est pas question de nouer une alliance
, insiste l’ex-Premier ministre.
De son côté, Dominique de Villepin avance également. À la tête de la France humaniste, l’ancien bras droit de Jacques Chirac a réuni une poignée de soutiens, mardi, pour le lancement des Cercles humanistes, relais locaux de son mouvement. « Nous sommes déjà plus de 60 000 adhérents. Ce mouvement, nous l’avons créé pour remplir un vide, refusant le flou des partis traditionnels et la radicalité des extrêmes. »
Une explication franche
Et à gauche ? C’est la même « purée de pois ». Aucune visibilité. Avant de parler candidat et programme pour 2027, les socialistes vont devoir solder l’épisode municipal, surtout l’ambiguïté stratégique avec la France insoumise, loin d’avoir porté ses fruits dans les urnes. L’enjeu du débat est clair : quelle union pour la présidentielle ? Les «roses» peuvent-ils valider l’idée d’une primaire à la mi-octobre avec l’un des leurs, aux côtés de Clémentine Autain, Marine Tondelier, François Ruffin… ? François Hollande, qui défend la gauche réformiste, sera-t-il entendu ?
Mardi soir, le bureau national du parti s’annonçait chaud bouillant. L’explication va être franche. Cela va tirer à vue
, prédisaient même certains participants. Karim Bouamrane, le maire PS de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) en a profité pour réclamer « la tête » du premier secrétaire Olivier Faure. Histoire d’attiser les tensions, Jean-Luc Mélenchon a, lui, rebranché la sulfateuse. Mardi, il a dénoncé « l’anti-LFI primaire », qualifiant Olivier Faure et l’écologiste Marine Tondelier d’« impostures nocives » et de loosers
. La campagne présidentielle est d’ores et déjà animée. Musclée même.