|
« Je n’ai jamais oublié ce jeune professeur de sport qui aimait surtout raconter des histoires… »... |
2
« Ce jeune surveillant s’était reconverti en prof vacataire : il était bon footballeur, le voilà prof d’éducation physique ! » Photo d’illustration. © zamrznutitonovi / Getty Images
Courrier des lectrices et des lecteurs. « À la fin des années 1950, je suis collégien dans une institution religieuse des Deux-Sèvres. Pour assurer les cours, un jeune surveillant s’est reconverti en prof vacataire : il était bon footballeur, le voilà prof d’éducation physique ! Mais son truc à lui, c’est un peu la géographie et beaucoup l’histoire… »
Dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Bernard Delion nous livre ce témoignage sur un ancien professeur :
« Le billet de votre journaliste sur les retrouvailles entre une professeure retraitée et son ancienne élève vient de doper ma mémoire. Entre 1958 et 1961, j’étais collégien dans une institution religieuse, à Bressuire (Deux-Sèvres). L’arrivée massive de notre classe d’âge dite « de retour de guerre » et la loi Debré de 1959 encourageaient les enfants de milieu très populaire – dont j’étais – à poursuivre leurs études, plutôt que de passer un « certificat d’études », comme leurs parents.
Lire aussi : « En m’apprenant le français, elle a changé ma vie » : comment un Russe a trouvé sa voie grâce à sa professeure
« Ah, les gars, les gars, les gars ! »
Pour assurer les cours, un jeune surveillant, Joseph dit « Jo » Dando, s’est reconverti en prof vacataire : il était bon footballeur, le voilà prof d’éducation physique ! Au départ, pas très pédagogue mais apprécié de tous pour nous faire jouer au foot, la plupart du temps.
Mais son truc à lui, c’est un peu la géographie et beaucoup l’histoire… parce qu’il aime raconter des histoires ! Aussi, en tant qu’étudiant salarié, il prépare sa licence, prenant des cours à la fac de Poitiers (Vienne) deux jours par semaine. Comme il est toujours débordé, il arrive toujours en retard, en jetant son cartable sur le bureau et en lançant : « Ah, les gars, les gars, les gars ! », suivi de l’excuse du jour. […]
Son cours est à l’avenant. Tout sujet donne lieu à des digressions interminables qui se terminent invariablement, à cinq minutes de la fin du cours, par : « Bon, je vais vous dicter le résumé ! ».

« Ce prof traitait de tous les sujets et tous l’adoraient. » Ici, dans une classe de Loire-Atlantique en février 1961. Photo d’illustration. Archives Ouest-France
Lire aussi : « Mon voisin m’a invitée à voir son jardin et pour la première fois, il m’a raconté sa vie… »
« Il a mûri mais n’a pas changé »
Fin des années 1960, des jeux Inter-quartiers (qui plagient Interville) sont organisés à Bressuire. Incollable sur tout ce qui est histoire, il se taille une belle réputation, en répondant à bien des questions intellectuelles.
En 1989, mon fils aîné le retrouve, en seconde, comme prof d’histoire-géo. Il a mûri mais, pour l’essentiel, il n’a pas changé : en dépit de l’avènement de la mixité, il rappelle au calme par un « Ah, les gars, les gars, les gars ! » bienveillant. Et fait toujours une sortie de piste (sous forme de digression) à chaque question malicieuse d’un élève facétieux. Il traite de tous les sujets et tous l’adorent. Faut-il y voir un signe ? Mon fils deviendra prof d’histoire-géo.
Au milieu des années 1990, nous nous croisons, dans les rues de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée), où je travaille. Il vient de s’acheter une résidence, pour sa retraite prochaine. Il me sait prof de dessin bâtiment et me sollicite avant chaque projet de rénovation, me prenant, sans doute, pour un expert. Après avoir été apprécié de tous, il est resté bienveillant… Jusque dans le choix de ses « experts » ! … »
Vous aussi, vous souhaitez partager une histoire émouvante ou une anecdote insolite ? Racontez-nous dans notre formulaire en ligne (choisissez “Courrier des lecteurs” en objet) ou envoyez-nous un mail à courrierdeslecteurs@ouest-france.fr, sans oublier de mentionner votre nom et vos coordonnées (précisez-nous si vous souhaitez que votre témoignage reste anonyme).