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TÉMOIGNAGES. « Le ras-le-bol, ce sont les hausses chaque année » : ces assurés réclament le gel des cotisations santé... |
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Le budget de la Sécurité sociale 2026 prévoit un gel des tarifs des complémentaires santé en 2026. Problème : les assureurs contestent et les appels de mensualités ont déjà été envoyés aux clients. © Marc Ollivier/Ouest-France
L’adoption d’un amendement, qui prévoit le gel des cotisations d’assurance santé en 2026, lève le voile sur le ras-le-bol des assurés qui ne cessent de payer plus cher pour un niveau de remboursement équivalent.
« Le ras-le-bol, ce sont les hausses de cotisations chaque année, en santé, mais aussi en auto et en habitation. Je n’attends rien, mais je suis consciente de ce qui se passe ». Mercredi 4 février, Béatrice Allaire, de Bruz (Ille-et-Vilaine), a adressé à Groupama, son assureur santé, une lettre recommandée pour demander le gel de ses cotisations en 2026. Adopté dans le budget de la Sécu 2026 le 30 décembre dernier, il n’est pas appliqué pour l’instant.
Les trois familles d’assureurs santé (mutuelles, groupes paritaires, assureurs privés) contestent en effet sa légalité et affirment que leurs grilles tarifaires ont été fixées bien avant. Parmi les professionnels, seuls Axa et la Macif ont donné suite. Le gel des cotisations « porterait atteinte à la liberté contractuelle » et la hausse des primes est justifiée par l’augmentation régulière des dépenses de santé.
« Moi, j’aime comparer les tarifs, mais autour de moi on me répond simplement que tout augmente », explique l’ancienne commerciale à Ouest-France. Avec son mari, ils payaient 1 450 € par an en 2024-2025 pour leur mutuelle. Pour l’année à venir, la note est de 1 731 €, soit près de 300 € de plus pour un niveau de couverture équivalent. En raison du prix notamment, environ 4 % des Français, soit 2,5 millions de personnes, n’ont pas de complémentaire santé selon la Drees, le service statistique du ministère de la Santé.
«Les assureurs ne sont pas au-dessus des lois»
Pour contester la hausse de sa prime, Béatrice Allaire s’est inspirée du courrier rédigé par les juristes de l’UFC Que-Choisir. L’association de consommateurs, qui dénonce une augmentation moyenne de 25 % sur les trois dernières années, exige « une application stricte de la loi votée » et espère un mouvement d’ampleur. UFC Que-Choisir rappelle aussi qu’en attendant « il ne faut surtout pas cesser de verser les cotisations» pour rester couvert.
Le sujet a fait réagir beaucoup de retraités, habitués à payer plus cher un contrat individuel, quand les salariés sont rattachés à un contrat collectif négocié (et payé à 50 %) par leur employeur.
« J’ai déjà adressé un courrier à ma mutuelle le 26 janvier dernier, affirme André Lancelin, d’Airaines dans la Somme. Jusqu’à présent je n’ai eu aucun retour de leur part. Ils ne sont pas au-dessus des lois et doivent impérativement se conformer au vote des députés, sinon à quoi bon voter ». De nombreux témoignages insistent sur ce point.
« Ma mutuelle m’a répondu négativement ou en me proposant un autre contrat moins cher mais qui rembourse moins bien. Je laisse tomber », prévient Brigitte Hulot, à Caen. « La réponse téléphonique de mon agence MAAF au courrier a été de dire qu’ils n’étaient pas au courant. Incroyable », raconte Loïc Police.
« Cette fois, je vais changer »
« En râlant », René François a obtenu un geste commercial de 5 € par mois. Sa cotisation mensuelle passera de 182 à 184 € par mois au lieu de 189 €. Patricia a vu la hausse annuelle abaissée à 5 % contre 11 initialement. Ce sont des exceptions. Les complémentaires justifient les hausses par la forte augmentation des dépenses de santé, un transfert des remboursements traités auparavant par l’Assurance maladie et par la contribution évaluée à 1 milliard d’euros inscrite au budget 2026.
Nombreux sont ceux à ne pas envisager de changer d’assureur par « peur du vide », convient Béatrice Allaire. Pourtant, depuis le 1er décembre 2020, la résiliation d’un contrat se fait à tout moment, sans motif après la première année de souscription et sans frais. Souvent, le nouvel assureur s’occupe des démarches à votre place. « Ma mutuelle m’a téléphonée plusieurs fois cette année pour me dire que ma cotisation ne changerait pas car je suis une senior », peste Paulette, 74 ans. Elle vient pourtant de passer à 108 € par mois contre 97 auparavant. « Cette fois, je vais changer » .