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Manifestation anti-bassines en Deux-Sèvres. Un usage « immodéré de la force » dénoncé... |
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Vêtus d’une chasuble blanche, 22 membres des observatoires des libertés publiques et des pratiques policières étaient présents au pied de la réserve d’eau de Sainte-Soline, samedi 25 mars. © CO – Marie DELAGE
« Tirs massifs et indiscriminés », « matériels de guerre », « terrain miné », « entraves à l’intervention des secours ». Tels sont « les principaux faits saillants » relevés par les 22 observateurs de la Ligue des droits de l’Homme présents aux abords de la réserve de Sainte-Soline. Ces derniers pointent la responsabilité de la préfète.
Au lendemain de la manifestation ayant fait converger 15 000 manifestants anti-bassines au pied du chantier de construction de la réserve d’eau de Sainte-Soline, dans le sud des Deux-Sèvres, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a publié, ce dimanche 26 mars, une première synthèse des faits les plus saillants relevés
par les 22 membres des observatoires des libertés publiques et des pratiques policières du 93, de Gironde, de Paris, du Poitou-Charentes et de Toulouse présents pour observer le maintien de l’ordre.
De manière générale, nous avons constaté un usage immodéré et indiscriminé de la force sur l’ensemble des personnes présentes sur les lieux avec un objectif clair : empêcher l’accès à la bassine, quel qu’en soit le coût humain
, résument les auteurs du document avant de retracer le déroulement de la journée du samedi. Avant l’arrivée des manifestants sur le site, des binômes de gendarmes armés et coiffés de casque de moto, montés sur vingt quads, sont venus à leur contact. Les cortèges ont dès lors fait l’objet de tirs massifs et indiscriminés au gaz lacrymogène, créant une mise en tension importante
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« Le terrain était miné »
Les gendarmes leur ont ensuite tiré dessus avec des armes relevant des matériels de guerre : grenades lacrymogènes, assourdissantes, explosives de type GM2L et GENL, y compris des tirs de LBD 40. Des grenades ont été envoyées très loin et de manière indiscriminée, à l’aide de lanceurs et de dispositifs de propulsion à retard. Les détonations très rapprochées étaient régulièrement suivies de cris d’appel au secours pour assistance médicale. Certaines grenades lancées n’ayant pas explosé, le terrain était miné, donnant lieu à des explosions différées. Par ailleurs, nous avons observé la présence de fusils (FAMAS) ainsi qu’au moins un fusil à type produit marquant codé EMEK EMF 100, PMC. Le dispositif a mis gravement en danger l’ensemble des personnes présentes sur place, occasionnant de très nombreuses blessures souvent graves allant même jusqu’à plusieurs urgences absolues
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« Plusieurs cas d’entraves »
La LDH revient plus en détail sur l’évacuation des blessés dont un homme de 30 ans toujours entre la vie et la mort. Lorsque les élus ont fait une chaîne humaine autour des blessés pour les protéger et permettre leur évacuation, des tirs de grenades lacrymogènes ont été observés dans leur direction, les contraignant à reculer. À ce moment, en contradiction avec ce que prétend la préfète des Deux-Sèvres (lire CO d’hier), rien ne justifiait l’utilisation de la force à l’encontre de ces personnes. En particulier, nous n’avons observé aucun tir d’engin incendiaire au niveau de cette zone
, assurent les observateurs.
Nous avons constaté plusieurs cas d’entraves par les forces de l’ordre à l’intervention des secours, tant Samu que pompiers. Le Samu a indiqué ne pouvoir intervenir pour secourir un blessé en état d’urgence vitale dès lors que le commandement avait donné l’ordre de ne pas le faire, dans une conversation téléphonique à laquelle ont assisté trois avocats de la LDH. Or, nous avons observé que la zone où se trouvait ce blessé était totalement calme depuis plusieurs dizaines de minutes, lorsque cette indication a été donnée. Cette zone se situait à 200 mètres au nord-ouest du dispositif de gendarmerie et à 500 mètres de l’ensemble des manifestants.