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L’Espagne adopte un congé menstruel inédit en Europe... |
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La loi sur la santé sexuelle, portée par Irène Montero, ministre de l’Égalité espagnole a essuyé quelques controverses. © AFP
Pour la première fois en Europe, le congé menstruel vient d’être adopté. Vue comme une avancée féministe, la mesure fait débat.
L’Espagne est désormais le premier pays d’Europe à adopter le congé menstruel. Jeudi 16 février, la chambre basse espagnole a officiellement adopté la loi organique sur la santé sexuelle et reproductive et l’interruption volontaire de grossesse.
Désormais, les Espagnoles souffrant de règles douloureuses pourront demander un arrêt maladie, signé par leur médecin traitant, sans « durée limitée », expliquait Irène Montero, ministre de l’Égalité espagnole. Présentée par le gouvernement de coalition de gauche, la loi prévoit que l’État finance entièrement ce congé. Irène Montero salut une mesure qui pourrait mettre fin au tabou autour des règles et des douleurs qu’elles peuvent générer.
Si cette loi est une grande première en Europe, elle a déjà été expérimentée en Asie et en Afrique. En 1947, le Japon avait fait le choix de l’adopter, suivi en 1948 par l’Indonésie, tandis que la Zambie est devenue, en 2015, le seul pays africain à mettre en place ce dispositif. Les modalités de mise en application divergent toutefois d’un pays à l’autre. En Corée du Sud et au Japon, les employeurs ne sont, par exemple, pas obligés de financer ce congé. Cela a eu pour conséquence de faire baisser son utilisation par les femmes. En 2017, seul 0,9 % des Japonaises ont profité de cette mesure, contre 26 % en 1965, selon les chiffres du ministère japonais du Travail et de la Santé.
Une loi critiquée par les associations féministes
Accusée par Marta Gonzáles Vásquez, député du Parti populaire espagnol d’être une loi qui pourrait avoir pour les femmes des « conséquences négatives sur le marché du travail », ce congé menstruel essuie quelques critiques. Au sein même de la majorité, la ministre de l’Économie évoquait une forme de scepticisme. Certains syndicats et associations féministes se disent inquiets du possible frein à l’embauche qu’il pourrait constituer de la part des employeurs souhaitant éviter ce type d’absences.
Le collectif français « Osez le féminisme » alertait aussi du possible non-respect du secret médical. En effet, l’employeur connaîtra les raisons de l’absence des bénéficiaires de ce congé.
Considérée comme une avancée, cette mesure pourrait, finalement, ne pas avoir l’effet escompté.
Egalement une loi permettant de changer librement de genre dès 16 ans
Ce jeudi, le parlement espagnol a aussi adopté une loi qui permet le changement de genre librement à partir de 16 ans par une simple déclaration administrative. Désormais, il ne sera plus nécessaire de fournir des rapports médicaux prouvant la prise d’un traitement hormonal ou une dysphorie de genre.