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Huîtres contaminées : pourquoi les producteurs sont-ils touchés en cette période de fêtes ?... |
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Un parc ostréicole à Baden (Morbihan). Photo d’illustration. © Archives Ouest-France / Thierry Creux
La suspension annoncée mercredi de la commercialisation des huîtres du bassin d’Arcachon, en raison de leur contamination au norovirus, touche durement la filière conchylicole. 10 % de la production nationale est concernée par ce coup d’arrêt. Le virus responsable de la gastro-entérite frappe régulièrement ces fruits de mer prisés en temps de fête, à trois jours du réveillon du Nouvel An. Les eaux usées sont pointées du doigt.
La nouvelle est tombée mercredi 27 décembre. Le préfet de la Gironde Etienne Guyot a annoncé, via un communiqué, l’interdiction de la pêche, du ramassage et la commercialisation des coquillages dans le bassin d’Arcachon et le banc d’Arguin. La raison : la présence de norovirus, le virus responsable de la gastro-entérite, dans des huîtres du bassin d’Arcachon. Les services de l’État ont fait part de plusieurs contaminations humaines au norovirus. « Plusieurs signalements indiquent que les huîtres issues sont en cause » précisent-ils, indiquant toutefois que des enquêtes en traçabilité sont en cours. Un énorme coup dur alors que les festivités du 31 décembre, dimanche, représentent dans l’Hexagone 50 % du volume de production à l’année pour la filière.
Le comité régional de conchyliculture Arcachon Aquitaine (CRCAA) a fait savoir à Ouest-France qu’il tiendrait une conférence de presse vendredi 29 décembre, dans la matinée. Cinq questions pour mieux comprendre cette contamination et les conséquences sur la production conchylicole, alors que le Morbihan et la Loire-Atlantique sont également concernés dans des endroits spécifiques.
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Suite à plusieurs cas de toxi-infections alimentaires collectives, interdiction provisoire de pêche, de récolte et de commercialisation destinées à la consommation humaine des coquillages du Bassin d’#Arcachon, y compris du banc d’Arguin.
— Préfet de la Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde (@PrefAquitaine33) December 27, 2023
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1. Qu’est que le norovirus et est-il inquiétant pour la santé ?
Le norovirus est responsable des gastro-entérites. Ils sont responsables d’un tiers des infections d’origine alimentaires en France. Avec une estimation de 516 000 cas par an, ils sont associés à 20 % des hospitalisations causées par de telles infections. La majorité des toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) à nororovirus en France est liée à la consommation de coquillages contaminés, en particulier les huîtres consommées crues, rappelle l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).
« Les symptômes sont ceux de la gastro-entérite aiguë et aucun cas grave n’est à déplorer à ce jour », a souligné la préfecture de Gironde dans un communiqué publié mercredi soir.
« Dans les huîtres, le virus est détectable longtemps. Il ne se multiplie pas car c’est un virus humain mais il est reste présent. Nous n’arrivons pas à le décrocher de l’huître. On y travaille », expliquait à nos confrères de Presse Océan la chercheuse de l’Ifremer Soizic Le Guyader.
« Le norovirus peut être présent sans être virulent, rappelait il y a quelques jours à Ouest-France Marion Petit, directrice du CRC Pays de la Loire. Les analyses actuelles montrent une présence ou une absence, mais présence ne veut pas forcément dire risque pour la santé. L’un des enjeux scientifiques des années à venir sera de pouvoir évaluer cette virulence », précise-t-elle.
2. Les huîtres sont-elles responsables ?
Techniquement non. Le problème réside dans la pollution des parcs ostréicoles où sont élevées les huîtres, notamment par les eaux usées. La cause : la surabondance d’eaux de pluie, en lien avec des réseaux d’assainissement incapables de contenir des volumes aussi conséquents. Résultat : des rejets d’eaux usées plus ou moins dilués peuvent atteindre les zones côtières, voire des zones d’élevage conchylicoles, explique toujours l’Anses.
Le Comité régional de conchyliculture d’Arcachon Aquitaine (CRCAA), évoque dans son communiqué publié hier une « pluviométrie exceptionnelle ». Philippe Le Gall, président du Comité national de conchyliculture (CNC), le martèle : « Les huîtres ne sont pas responsables, elles sont victimes de l’assainissement. On inverse les choses involontairement », fait-il valoir à Ouest-France.
« On a eu des pluies importantes pendant un mois et demi, les nappes affleurent et dans ces cas-là, quelques centimètres d’eau sur la chaussée suffisent à envahir le système d’assainissement. Les canalisations n’ont plus la capacité de faire passer tout ce flux et ça déborde dans le milieu marin, qui devient insalubre », explique à l’AFP Thierry Lafon, producteur installé à Gujan Mestras.
3. La contamination au norovirus est-elle récurrente ?
Récurrente, oui, mais marginale si l’on regarde la production hexagonale, selon Jean-Philippe Le Gall, qui rappelle que des zones fermées ont toujours existé et que les huîtres sont « hypersurveillées ». Le président du CNC estime que la temporalité, à savoir les fêtes de fin d’année et la zone « médiatique » du bassin d’Arcachon expliquent la résonance d’ampleur d’une telle suspension.
Pourtant, les huîtres du bassin d’Arcachon représentent tout de même 10 % de la production nationale. 300 entreprises dans le secteur sont concernées. « Sur 375 zones surveillées en France, quatre sont seulement fermées », veut relativiser Jean-Philippe Le Gall, rappelant également le principe de précaution qui prévaut. « On suspend dès qu’il y a le moindre doute ou suspicion. »
L’Ifremer surveille en mer, les services vétérinaires surveillent les établissements comme les chaînes de distribution, et les entreprises procèdent elles-mêmes à des autocontrôles. « C’est un maillage au quotidien qui fait qu’il y a des analyses tous les jours », toujours selon le président du CNC.
4. Quelles sont les autres zones concernées ?
Il n’y a pas de zone côtière davantage touchée par le norovirus. « Il n’y a aucune spécificité locale », assure Philippe Le Gall. Le bassin d’Arcachon est touché, mais récemment, en Loire-Atlantique, ce sont 47 personnes qui ont été intoxiquées après avoir consommé des huitres contaminées par le norovirus. Depuis le 15 décembre 2023, les ostréiculteurs de La Bernerie-en-Retz et des Moutiers-en-Retz (Loire-Atlantique), dans le nord de la baie de Bourgneuf, n’ont plus le droit de commercialiser leurs huîtres jusqu’au 3 janvier 2024.
Dans le Morbihan, la préfecture a également suspendu mardi la pêche, le ramassage, la commercialisation et la mise à la consommation humaine de tous les coquillages, sauf gastéropodes non filtreurs, à l’embouchure de la rivière de Penerf et dans les îles de Boëde et Boëdic.
En dehors de ces zones, aucune autre alerte n’a été recensée.
En janvier dernier, des ostréiculteurs du Morbihan lançaient par ailleurs un cri d’alerte, alors qu’ils devaient de nouveau fermer après la présence de norovirus dans leurs huîtres. « C’est notre septième fermeture en six ans. On ne peut plus l’accepter. On est en train de crever, ni plus ni moins », alertait un producteur auprès de Ouest-France. Il estimait à l’époque que la perte occasionnée par ces sept fermetures en six ans « dépasse le million d’euros ».
Pour rappel, en janvier 2020, juste avant l’épidémie de covid-19, c’est celle de norovirus qui avait engendré de très grosses pertes pour les producteurs, notamment dans la baie du Mont-Saint-Michel.
5. Combien de temps dure la suspension ?
Généralement, le préfet ferme par précaution pour 28 jours. Mais en fonction de la situation sanitaire et des résultats d’analyse, cette fenêtre peut être raccourcie ou allongée. La situation ne sera vraisemblablement pas débloquée dimanche, pour le repas du réveillon. La mesure sera levée « dès lors que la qualité sanitaire des coquillages sera redevenue pleinement satisfaisante », indique la préfecture de Gironde dans son communiqué.