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Agatha Christie : son expérience dans la pharmacie d’un hôpital militaire

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photo  agatha christie a travaillé dans la pharmacie d’un hôpital militaire avant d’écrire des romans policiers.  ©  damien le berre 2

Agatha Christie a travaillé dans la pharmacie d’un hôpital militaire avant d’écrire des romans policiers. © DAMIEN LE BERRE

Après avoir travaillé dans la pharmacie d’un hôpital militaire, en 1916, Agatha Christie décide d’écrire des romans policiers. Dans la moitié de ses histoires, l’arme du crime est un produit chimique… Sixième épisode de notre série consacrée à Agatha Christie.

Les médecins sont dans une telle ignorance des poisons les plus subtils que d’innombrables cas de meurtre par substances toxiques ne sont pas résolus. Ainsi parle la belle Mary Cavendish dans La Mystérieuse Affaire de Styles, premier roman d’Agatha Christie, paru en 1920. D’emblée, il est donc question de poison chez la Duchesse de la mort (selon l’expression de François Rivière) ! Et pour cause : la dame en connaît un rayon depuis qu’elle a travaillé comme infirmière dans un hôpital du Devon, pendant la Première Guerre mondiale. Après avoir prodigué des soins aux malades durant plusieurs mois, elle sera invitée à travailler dans le nouveau service du laboratoire de pharmacie – avec, entre-temps, un petit stage de formation dans une officine privée, chez l’un des plus grands pharmaciens de Torquay, sa ville natale, en vue d’obtenir un diplôme de préparatrice.

Au début, l’apprentie chimiste a du mal à suivre la théorie : Se trouver plongée directement dans le tableau périodique des éléments, les masses atomiques et les ramifications de dérivés du goudron de houille avait de quoi déconcerter, confie-t-elle dans son Autobiographie. Mais dès qu’elle passe à la pratique, la jeune Agatha retrouve ses marques : du silicate de zinc aux sels de bismuth, de l’iodoforme au phénol en passant par les suppositoires (si, si !), elle devient experte en onguents, lotions et potions de toutes sortes. Non contente d’avoir pu observer les effets de nombreuses substances médicamenteuses sur les blessés, elle s’est aussi beaucoup documentée, n’hésitant pas, plus tard, à correspondre avec telle ou telle sommité médicale pour vérifier ses hypothèses sur l’effet d’un poison avant de l’utiliser dans la trame de ses romans. En témoignent aussi les nombreux livres sur le sujet qui figurent encore sur les étagères de sa maison de Greenway – de Science versus Crime à Sexual Physiology and Hygiene !

Arsenic, strychnine et barbituriques

L’idée d’écrire un roman policier me vint tandis que je travaillais au laboratoire de pharmacie de l’hôpital, poursuit-elle dans son Autobiographie. À la différence des travaux d’infirmerie qui ne vous laissent guère de répit, la préparation des remèdes faisait alterner les périodes de calme et de grande activité. Lors de mon service de l’après-midi, je me retrouvais parfois seule et désœuvrée. Rien de tel pour donner libre cours à l’imagination fertile de la future reine du crime… Je me mis à réfléchir au type d’intrigue que je pouvais utiliser. Comme j’étais encore entourée de poisons, peut-être était-il assez naturel que je choisisse la mort par empoisonnement.

Ainsi naîtra La Mystérieuse Affaire de Styles, où le détective belge Hercule Poirot fait sa première apparition, et qui commence par le décès suspect de Mrs Inglethorp, très vraisemblablement empoisonnée à la strychnine – le livre sera d’ailleurs cité dans une publication spécialisée, soulignant que l’auteur ne faisait pas appel au cliché classique du poison qui ne laisse aucune trace et décrivait des symptômes réalistes. Il faut dire que la pauvre Mrs Inglethorp agonise dans des souffrances terribles. Entre son mari, plus jeune qu’elle, ses beaux-enfants et sa protégée, Mary Cavendish, beaucoup de monde pouvait tirer profit de cette mort. Et tous auraient pu aisément se procurer la substance toxique… Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui : Autrefois, la strychnine était utilisée pour tuer les taupes, précise le Dr Denis Richard, pharmacien en chef de l’hôpital Henri-Laborit à Poitiers, coauteur du Dictionnaire des drogues et des dépendances (Larousse, 2009). Mais elle n’est plus en vente libre depuis longtemps. On ne trouvera pas davantage le thallium, ce métal fatal qui entraîne la chute des cheveux et qui provoque la mort de trois femmes dans cette sombre histoire de magie noire qu’est Le Cheval pâle (1961). Mais à l’époque d’Agatha Christie, le thallium était un produit nouveau, très toxique, note le Dr Denis Richard.

photo dans la moitié des histoires d’agatha christie, l’arme du crime est un produit chimique.  ©  dr

Dans la moitié des histoires d’Agatha Christie, l’arme du crime est un produit chimique. DR

Assurément, pour la romancière, qui se décrit elle-même douce de caractère, exubérante, farfelue, étourdie, timide, affectueuse, tous les coups empoisonnés sont permis, ou presque. Résultat : au cours de ses soixante-six romans, quelque trente victimes périront par ce moyen, qui a le mérite de ne point faire couler le sang. Arsenic, acide prussique, thallium, nicotine, véronal, morphine, digitaline, atropine… La lady s’en donne à cœur joie pour en distiller dans ses intrigues, même de façon accessoire. Ainsi Le Meurtre de Roger Ackroyd commence-t-il par le décès, dans la nuit, de Mrs Ferrars qui aurait simplement pris trop de comprimés de véronal. Selon Caroline, la sœur du Dr Sheppard appelé au chevet de la défunte, il s’agit ni plus ni moins d’un suicide par remords, celle-ci ayant été soupçonnée d’avoir empoisonné son mari… Le véronal est un barbiturique comme le gardénal. Il est généralement utilisé pour traiter l’épilepsie. Mais un seul comprimé suffit pour endormir quelqu’un, souligne le Dr Denis Richard.

Prompte à consigner, dans sa demi-douzaine de carnets entamés, des idées intéressantes, des détails sur des poisons et des drogues, notre experte revient régulièrement à sa passion pour la chimie – la gelséminine, extraite du jasmin jaune, dans Les Quatre (1927), le chlorhydrate de morphine dans Je ne suis pas coupable (1940), l’acide prussique dans Meurtre au champagne (1945) ou Le miroir se brisa (1962), la taxine dans Une poignée de seigle (1953), etc. Sans oublier l’arsenic, bien sûr, qu’on trouve dans les chocolats de La maison de la mort qui rôde, nouvelle du Crime est notre affaire (1929), et dans les vermicelles de sucre d’un pudding dans Miss Marple au club du mardi (1932).

Parfait manuel de l’empoisonneur

Tout l’intérêt du poison n’est-il pas de pouvoir maquiller des meurtres en suicides, comme dans La Mort dans les nuages (1935) ? La malicieuse romancière en sait quelque chose, qui va jusqu’à détailler certaines méthodes de préparation de substances mortelles (La Mystérieuse Affaire de Styles), quand elle n’indique pas carrément la façon de s’en procurer (Pension Vanilos, 1955). Elle avouera aussi : De tous mes romans policiers, mes deux préférés sont, je crois, La Maison biscornue et Témoin indésirable. J’eus la surprise en relisant mes livres, l’autre jour, d’en trouver un autre qui me plaît beaucoup : La Plume empoisonnée.

Voilà bien un titre qui résume à lui seul le talent d’Agatha Christie pour tremper sa plume dans le poison… même s’il n’est que psychique – en l’occurrence.

On retiendra finalement une réflexion de sir Montague Depleach, l’un des protagonistes de Cinq Petits Cochons (1945), où cinq témoignages accablants ont fait condamner à la détention à perpétuité la femme du peintre Amyas Crale, mort empoisonné à la conicine, versée dans son verre. L’avocat Depleach déclare à propos de sa cliente : Si encore elle l’avait tué à coups de revolver, ou même de couteau, j’aurais joué à fond la carte de la non-préméditation. Mais avec le poison, on ne peut pas finasser. Délicat, le poison. Très délicat. Agatha Christie ou la délicatesse incarnée jusque dans le crime ?

Cet article a initialement été publié dans Lire Magazine Littéraire en octobre 2020. Ce numéro des Collections est à retrouver sur la boutique de Lire Magazine Littéraire.

 
Delphine PERAS pour Lire Magazine littéraire.    Ouest-France  

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