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« Laisser un souvenir à mon fils » : sur le front ukrainien, les mots d’une maman soldate à son fils réfugié en Bretagne... |
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Alisa Kovalenko, engagée sur le front en 2022, avec les volontaires ukrainiens, près de Kharkiv. © Alisa Kovalenko
Alisa Kovalenko est une réalisatrice de 38 ans, engagée sur le front ukrainien au début de l’invasion russe, en 2022. Les lettres à son fils de 5 ans, réfugié en Bretagne, lui ont inspiré « My dear Théo », un documentaire bouleversant, montré vendredi 13 février 2026 à l’occasion du festival Travelling à Rennes (Ille-et-Vilaine).
Février 2022. Face à l’invasion russe, l’Ukrainienne Alisa Kovalenko n’hésite pas : comme nombre de ses compatriotes, la réalisatrice décide de prendre les armes pour défendre son pays. Elle intègre un bataillon de volontaires qui part combattre dans la région de Kharkiv, à proximité de la frontière avec la Russie.
Des lettres bouleversantes
À Kiev, elle laisse derrière elle son compagnon journaliste, Stéphane Siohan, correspondant en Ukraine pour le journal Libération, et leur fils Théo, 5 ans. Dans son paquetage de soldate, elle emporte un téléphone portable et une petite caméra. On ne se refait pas.
« Je ne partais pas avec l’intention de faire un documentaire »,
précise la réalisatrice de 38 ans, présente, vendredi soir, au cinéma l’Arvor à Rennes (Ille-et-Vilaine), pour la première projection en Bretagne de son film « My dear Théo » (Mon cher Théo), dans le cadre du festival Travelling. Je filmais pour laisser un souvenir à ma famille, notamment à mon fils.
Théo, à qui elle écrit des lettres du front bouleversantes, trahissant son tiraillement entre son amour maternel et celui pour sa patrie.
« La trouille de mourir »
En un peu plus d’une heure trente, « My dear Théo » transporte le spectateur à quelques centaines de mètres de la ligne de front. Là où les soldats, bercés par le bruit sourd des canonnades, reprennent leur souffle avant de monter à l’assaut.
Dans la tranchée, Alisa Kovalenko, fusil à la main, ne pouvait s’encombrer d’une caméra. « Le téléphone était également proscrit pour éviter d’être repéré.
Quand la liaison est bonne, son portable lui permet, à l’écart de la zone de combat, d’entrer en contact, même brièvement, avec son fils.
Au fil des semaines (Alisa Kovalenko est restée six mois sur le front), son témoignage dépasse le cadre familial. Les regards mêlés d’effroi et de détermination de ses compagnons du bataillon, illustrent « la trouille de mourir
qu’elle-même a ressenti face à un ennemi souvent invisible. « À travers mon histoire personnelle, je pouvais aussi rendre hommage à mes camarades aujourd’hui disparus.
La moitié de ceux qu’elle côtoie dans « My dear Théo » est morte au combat. Un moment fort du film : ce cortège funèbre devant lequel des villageois s’agenouillent, de part et d’autre d’une route de campagne.
Théo à Saint-Pol-de-Léon
Son compagnon, Stéphane Siohan, a, lui, vécu dans l’angoisse de celui resté à l’arrière. D’autant que je savais que son bataillon d’infanterie, en première ligne, était l’un des plus dangereux »,
confie-t-il lors de la projection rennaise.
Originaire du Finistère, il décide, en 2022, de confier Théo à ses parents à lui, installés à Saint-Pol-de-Léon. « Les Russes étaient aux portes de Kiev. Je devais absolument le mettre à l’abri.
La famille est aujourd’hui reconstituée. Après un passage par Rennes, puis la Berlinale, le festival international du film de Berlin, elle doit rentrer à Kiev, cette semaine. Quant à « My dear Théo », il est encore à la recherche d’un distributeur.